Humanisme et Lumieres

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Réseaux sociaux et démocratie

Réseaux sociaux & démocratie,
 une équation complexe.
 
L’actualité récente m’a fortement interpellé sur le dialogue entre les citoyens et leurs dirigeants, ainsi que le dialogue entre les citoyens entre eux ; dans ce cadre c’est tout particulièrement le rôle et l’influence des réseaux sociaux qui a attiré mon attention. Je pense par exemple à l’utilisation à outrance de Twitter par le président américain ou aux campagnes de communication sur de nombreux réseaux de la part de groupes de pensée et d’influence réunis autour d’un projet ou d’une opposition commune, comme ‘la manif pour tous’ en réaction au mariage pour tous. Les exemples sont nombreux et j’en citerai un dernier : les récentes manifestations des ‘gilets jaunes’ qui sortent du cadre traditionnel que nous connaissions : pas d’organisateur officiel affiché, pas de parti politique, pas de syndicat, pas d’organisation non gouvernementale, et surtout aucune structure ni existence officielle : pas de déclaration en préfecture et pas de service d’ordre comme il est de coutume dans ce genre d’événement. Les réseaux sociaux, Facebook, Twitter, Telegram et d’autres, sont devenus des outils incontournables, mais jusqu’à quel point ? Quels sont les risques ? Allons-nous vers une société au sein de laquelle les informations, même officielles, ne vont plus circuler par les canaux habituels ? Le journal officiel de la république française sera-t-il un jour remplacé au profit de posts Facebook ou de stories Instagram... ? 
De l’utopie au réalisme de la mondialisation. 
Internet est né du souci de communiquer plus facilement, plus rapidement et à moindre coût. Il constitue donc un lieu de débats et permet de confronter les points de vue et d’échanger des informations. Il contribue théoriquement à une meilleure information des citoyens et à une plus grande transparence de l’action publique. Il favorise par certains aspects les actions collectives permettant à des individus isolés, mais partageant les mêmes idées, d’entrer en contact et de se mobiliser. Sur ces points, Internet semble pouvoir favoriser le développement de la démocratie. 
Toutefois, il ne faut pas perdre de vue qu’Internet n’est plus une œuvre désintéressée comme à ses débuts, quand les milieux universitaires mettaient leurs ressources en commun pour développer un réseau de communication novateur. Il s’agit désormais d’une galaxie d’entités commerciales à but lucratif, qui comprend des entreprises parmi les plus puissantes de la planète (google, apple, microsoft, facebook, amazon, etc) pour lesquels les revenus publicitaires découlent directement de l’audience (le nombre de vues et de partage) des contenus. De ce point de vue, peu importe le propos, du moment qu’il fait le buzz (sujet dont on parle beaucoup) et qu’il est largement relayé. 
Internet comporte ainsi de vastes zones de points négatifs, à commencer par une certaine inégalité d’accès : l’utilisation d’Internet étant encore aujourd’hui réservé à une relative élite (sur le plan mondial, certaines populations ne disposant ni de connexion internet ni de terminaux permettant de s’y connecter), la ‘fracture numérique’ reste un facteur d’inégalités. De plus, Internet porte atteinte à la protection de la vie privée, ce que les organismes de régulation tentent de contrôler. Le slogan ‘si c’est gratuit c’est que vous êtes le produit’ reste malgré tout toujours bien valable. 
Enfin, Internet peut aussi être le support de la diffusion d’informations fausses ou diffamantes, des sites propageant des idées négationnistes ou racistes y sont accessibles, et le risque d’une société de surveillance n’est pas absent : dans certains pays, comme la Chine, les autorités bloquent l’accès à des sites jugés nuisibles, c’est-àdire en général pro-occidentaux. De ces points de vue, Internet peut alors présenter de sérieux dangers pour la démocratie. 
Internet dans la contestation 
Le développement des réseaux sociaux, vu jusque très récemment comme une avancée démocratique, semble donc aujourd’hui considéré par certains comme une menace. Dans son ouvrage « Le Vertige des faits alternatifs », le sociologue Arnaud Esquerre remarque ainsi : 
La question n’est pas nouvelle et cible entre autres la possibilité pour une entité politique étrangère d’influer sur la vie d’un état, et en particulier sur le déroulement des élections. Cette préoccupation, nous l’avons depuis la Révolution française, lorsqu’on s’inquiétait que les royalistes puissent s’organiser depuis leur exil et menacer la République. A partir de 1917, l’état français s’est inquiété de l’influence de l’Union soviétique. Aujourd’hui, c’est la Russie. Cette histoire ancienne semble nouvelle en raison de l’apparition des réseaux sociaux, mais il faut se souvenir qu’auparavant le cinéma, qui était vu comme l’art ayant le plus d’influence sur la population, était considéré par l’état comme potentiellement dangereux, ce qui a justifié une censure politique jusqu’aux années 1980. 
Le spécialiste des réseaux sociaux Stéphane Ozil s’est exprimé dans les échos (09/12/2018) en émettant l’hypothèse que la crise des gilets jaunes et la difficulté de négocier une sortie de conflit révèlent l’émergence d’une nouvelle donne dans le paysage politique : celle du poids incontournable désormais de la parole individuelle, apparue grâce aux réseaux sociaux. Je le cite : 
Les institutions ont été définies à un moment où internet et les réseaux sociaux n'existaient pas : lorsque le pouvoir en place désirait convaincre, sa principale préoccupation était celle de l'angle à choisir ou de l'image à gérer, moins celle de sa validation par le peuple. À cette époque les seules inconnues de l'équation restaient les réactions d'une poignée de vis-à-vis : quelques opposants politiques, une douzaine de journalistes ou éditorialistes influents, deux ou trois opposants vaguement écoutés, le représentant en vogue d'un syndicat surpuissant, etc. La partie médiatique se jouait à plusieurs, mais les participants étaient clairement identifiés.Les électeurs, cible ultime de cette communication nécessaire, n'étaient alors une masse muette qui ne se réveillait officiellement qu'à l'occasion des élections. Or ces élections restaient globalement prévisibles des mois à l'avance grâce aux sondages, boule de cristal politique, qui permettaient d'anticiper les lents mouvements de l'opinion. 

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