Humanisme et Lumieres

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PROGRÈS ET HUMANISME

PROGRÈS ET HUMANISME

Par Claude J. Delbos

 

Devons-nous abandonner l’ambition de Progrès ? Le progrès est un mouvement en avant, une évolution vers un plus ou un mieux, un accroissement de force, d’intensité, d’importance, le passage à un niveau supérieur. Parlons du progrès humain. Au cours de son évolution, l’être humain a progressé dans trois domaines : la maîtrise de la nature, l’organisation de la société, et la qualité de l’être humain lui-même. Mais cette notion de progrès, qui essentiellement est un changement, est souvent mise en cause, comme génératrice de perturbations de l’ordre établi, par la partie de l’humanité qui est satisfaite de l’état des choses et en bénéficie. Le progrès dérange toujours les conservateurs. La suppression de l’esclavage a évidemment été un progrès humain, elle s’est heurtée à beaucoup de résistance. Mais d’autres changements sont intervenus, qui ont été perçus initialement comme un progrès et se sont révélés par la suite générateurs de désastres. La maîtrise du nucléaire qui permet de produire de l’énergie propre et abondante, a reçu aussi des applications extrêmement dangereuses pour l’humanité. Enfin depuis la crise écologique et le réchauffement climatique, nombreuses sont les voix qui accusent l’idéologie du progrès, prônée par les zélateurs des Lumières, d’être la cause d’une apocalypse attendue !

Il faut donc examiner de plus près la nature et la valeur du progrès dans les trois domaines où l’être humain le recherche : la maîtrise de la nature, l’organisation de la société, et la qualité de l’être humain lui-même.

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Le progrès dans la maîtrise de la nature est le résultat de l’aptitude d’homo-sapiens à comprendre son environnement et à agir sur lui pour en tirer ce qui est susceptible d’améliorer sa condition. Les étapes du progrès dans ce domaine ont été l’agriculture, l’élevage, l’artisanat, l’industrie… La situation dans laquelle se trouve actuellement l’humanité est le résultat de ces avancées. Des grottes de la vallée de la Vézère aux appartements de nos grandes villes, des déplacements à cheval aux TGV et aux avions d’Airbus, du tam-tam au téléphone portable, des hiéroglyphes au numérique, du boulier à l’ordinateur et du classeur de fiches à l’intelligence artificielle… l’être humain a notablement amélioré son confort de vie. L’agriculture et l’élevage mécanisés et industrialisés ont amélioré l’alimentation et permis de nourrir des populations de plus en plus nombreuses. Les progrès des moyens de transport et de communication ont permis la mondialisation des échanges de toute nature. L’exploration et l’exploitation des ressources du sous-sol et plus généralement de la matière, entreprise très tôt, a fait des progrès gigantesques. De l’extraction du cuivre et de l’étain pour faire du bronze nous sommes arrivés à l’extraction du pétrole et du gaz, et à l’exploitation des terres rares. Partis de la recherche des plantes médicinales nos médecins sont parvenus, grâce aux progrès de la chimie, à réaliser les remèdes d’aujourd’hui, ce qui nous vaut l’allongement général de la vie humaine. Il n’y a pas de doute, l’exploitation des ressources de la nature, due au progrès des connaissances sur la matière et sur l’univers, et au perfectionnement des techniques artisanales, puis industrielles, a permis à l’être humain de se créer de meilleures conditions de vie ; ce que l’on peut considérer comme l’un des aspects déterminants du progrès de l’humanité.

Toutefois, l’être humain, jusqu’à tout récemment, a pris l’habitude de prélever sans limites les ressources qu’il trouvait dans la nature. Au début il est vrai, le prélèvement était tout de suite compensé par un renouvellement. La nature était généreuse. Pour un arbre coupé il en poussait un autre. Un bison tué, le troupeau se régénérait. Aujourd’hui, avec l’augmentation de la population humaine et l’industrialisation des techniques, le prélèvement des ressources, au rythme où elles sont exploitées, fait craindre leur non renouvellement, causant la dégradation de l’écosystème et des difficultés pour les générations de l’avenir.

Il s’y ajoute le fait, que le progrès matériel issu de la connaissance et de l’exploitation de la matière, réalisé par les sciences et les techniques, est toujours susceptible d’être perverti. Depuis le jour où un homo a compris qu’avec une pierre tenue dans son poing il pouvait ouvrir une noix de coco, il a compris aussi que par le même moyen il pouvait casser la tête de celui qui avait trouvé la noix de coco avant lui. En passant du bronze à l’airain, les Grecs se sont donné une arme décisive face aux Perses… Les armes développées de nos jours ont un pouvoir d’extermination terrifiant.

Ces progrès-là, qui détériorent l’écosystème ou qui servent à s’entre-tuer, ne sont pas vraiment du progrès de l’humanité. Il faudrait donc modérer l’activité prédatrice de l’être humain et son ambition de puissance dominatrice, pour l’amener à vivre en harmonie avec la nature et à établir des relations pacifiques avec ses semblables. Ce danger que fait courir à l’être humain, la dégradation de l’écosystème, le réchauffement climatique, et la perversion par son agressivité du progrès scientifique et technique dans l’exploitation de la nature et de la matière, peut être conjuré d’abord par les progrès de l’organisation des sociétés humaines : en créant des institutions modérant les ambitions de puissance prédatrices et dominatrices, et par des lois imposant le règlement des conflits autrement que par la violence.

Il devrait s’y ajouter le progrès moral de l’être humain lui-même.

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Le progrès dans l’organisation de la société a toujours obéi à deux motivations complémentaires, et contradictoires dans leur principe. Il s’agissait de pacifier la vie à l’intérieur de la tribu et en même temps de développer l’aptitude à se battre contre la tribu concurrente. Partant de la tribu l’organisation s’est étendue au royaume, à la nation, à l’empire, et dans les derniers siècles on a essayé l’organisation de l’humanité au plan mondial. Mais les deux motivations, pacification et agressivité, agitent toujours autant les sociétés humaines. Et même, il semble que la volonté de pacifier les relations à l’intérieur du groupe humain, soit désormais éclipsée par la généralisation des relations agressives de concurrence entre individus.

D’où la nécessité de réfléchir à ce que pourrait être le progrès de l’homme au niveau sociétal, le progrès de l’homme en société. Comment améliorer le comportement de l’être humain, dans sa vie au sein de la communauté dans laquelle il vit ? Certes, il faut tenir compte de la nature humaine, des aspirations de l’individu et de son adhésion à l’ordre en vigueur. Mais la conduite en société est largement déterminée par les règles et les usages issus de la culture ambiante, et par les lois de la société, qui encadrent et sanctionnent la conduite des individus. Ce comportement de l’individu en société, est donc soumis à deux facteurs essentiels : la nature des lois de la cité et l’esprit civique des citoyens.

Nous voulons d’abord traiter du niveau sociétal, et donc des progrès à rechercher dans les règles, les usages, les lois de la vie en société. Ce sont là des domaines que l’on ne peut changer, de façon volontariste en bien ou en mal, que sous l’effet de l’organisation politique de la société.

L’idée de progrès de la société est liée aux Lumières du 18ème siècle, qui proposaient de transformer le monde par la diffusion des connaissances scientifiques et du savoir-faire technique, en universalisant l’éducation libérale de la jeunesse. Sous l’influence des idées des Lumières, cette volonté politique de faire progresser la société, a été l’objet du progressisme. Le mot désignait une tendance politique, favorable aux réformes sociales et politiques allant dans le sens de la solidarité, en opposition au conservatisme visant la pérennisation des positions sociales et économiques acquises. Les progressistes parlaient de réformer la société. Par la suite on a parlé de réforme pour tout changement dans les règles d’organisation de la société. Il faut noter que toute réforme n’est pas progressiste, le changement peut aussi être réactionnaire. Après1945, le progressisme était devenu une marque des mouvements politiques de gauche. Dans le cadre de la guerre froide le terme fut diabolisé. Il en est résulté une désaffection du mot, qui perdure aujourd’hui. Il faut donc revenir à l’idée d’améliorer la société dans le sens du progrès, en changeant de vocabulaire. On parlera donc de progrès « sociétal » !

En ce qui concerne les institutions, l’établissement de la démocratie et plus particulièrement du régime républicain, crée de bonnes conditions pour modérer, par la pression du groupe, les ambitions dangereuses. Mais il y a encore à progresser.

Que reproche-t-on à la société telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ? D’abord un excès d’individualisme potentiellement agressif, et aussi ce que l’on pourrait appeler l’économisme concurrentiel, qui consiste à négliger les conséquences humaines des décisions politiques, prises avant tout pour le bon fonctionnement compétitif de l’économie, financiarisée et mondialisée. Ceci paraît résulter d’une évolution des mœurs, liée à l’élimination du sentiment de solidarité humaine. Or, n’est-il pas nécessaire de réaliser un équilibre entre l’esprit de compétition et l’esprit de solidarité ? Léon Bourgeois fondait son solidarisme sur « le lien fraternel qui oblige tous les êtres humains les uns envers les autres… » Et la solidarité humaine est une valeur qui est en principe, à la base de la forme républicaine de l’organisation politique du gouvernement de la société, attaché à la chose publique pour le bien du peuple. Dans ce sens, pensons à l’idée de « république universelle » exprimée par le chevalier de Ramsay ! L’amélioration de la société qu’il faudrait rechercher porterait donc sur des conditions de vie harmonisées et des relations sociales pacifiées.

Ces deux dernières années, la crise sociale avec floraison de gilets jaunes, puis la crise politique des réformes, avec grèves et manifestations, et enfin, la crise sanitaire que nous vivons, ont mis en évidence le fait que notre société va mal. Plus profondément, ces crises sont liées à la condition humaine[1] ; elles révèlent la perversité potentielle et le danger, que recèle le pouvoir que l’être humain a pris sur la nature ; les puissants du monde en sont arrivés à une conduite euphorique. Le politique est soumis à l’économique, l’économique est réglé par l’idéologie néolibérale, la réflexion raisonnable est remplacée par la comptabilité. Il faudrait, au-delà de l’exposé des bilans et des statistiques, s’attacher à tenir compte de la complexité des questions humaines. Notre société va mal, mais le monde ne va pas mieux. La mondialisation de la communication, de la finance et du marché, met en évidence l’interdépendance et l’unité de destin de l’humanité, mais aussi l’absence de solidarité entre les nations et la persistance de la méfiance et de l’agressivité. La mondialisation permet les échanges culturels et surtout le développement de la coopération et de l’exploitation des complémentarités économiques. Mais elle devrait être accompagnée de l’élévation culturelle des peuples et compensée par le maintien en exploitation et la protection des productions spécifiques locales. Chaque peuple devrait s’attacher à la mise en valeur de ses spécificités culturelles, et au développement sur son territoire de la production des ressources économiques nécessaires à son autonomie vivrière et sanitaire. Le développement par la compétitivité, devrait se conjuguer avec la redistribution par solidarité. La croissance des échanges culturels par la communication dématérialisée, devrait s’accompagner de la diminution des voyages touristiques à forte consommation d’énergie.

Depuis la chute du mur de Berlin, l’idéologie dite néolibérale s’est imposée, accréditant l’idée que la nation était une entité appelée à disparaître, comme inutile, voire génératrice de conflits et nuisible au progrès de l’humanité. Les frontières étaient appelées à disparaître et le monde allait s’unifier dans l’heureuse liberté du commerce et de la concurrence sans entraves. Le patriotisme, le service public, le civisme, étaient des valeurs périmées. Mais l’individualisme et l’agressivité devenaient les valeurs recherchées à tous les niveaux de la société, pour assurer la compétitivité. Les élites se mondialisaient ; leurs affaires se délocalisant, elles se désintéressaient de plus en plus du destin des couches populaires de leur pays d’origine. Il y a eu une véritable rupture de solidarité[2]. Un humaniste peut avoir le sentiment que le progrès à réaliser consisterait à remettre l’être humain au centre des préoccupations politiques et des décisions concernant l’avenir.

Mettre l’humain au centre, ce serait organiser la société sur la base de l’éthique humaniste. Mais l’un des obstacles au règne d’une éthique humaniste, est décelable dès aujourd’hui, dans l’évolution mondialisée. C’est la combinaison de l’individualisme et de l’économisme. L’individualisme, érigé en valeur absolue détruisant la solidarité, porte le détenteur du pouvoir à ne se préoccuper que du maintien et de l’accroissement de sa puissance, excluant toute solidarité avec le reste de l’humanité. L’économisme, appuyé sur la mondialisation de la finance et du marché, développe une oligarchie des puissances économiques privées, dessaisissant progressivement les autorités politiques de tout pouvoir réel, en dehors du maintien de l’ordre. Ces puissances économiques cherchent en même temps, à être les seules détentrices des connaissances commandant les facteurs de progrès : codes d’action sur la nature, code-source de l’intelligence artificielle agissant sur la société, code génétique d’intervention sur la nature humaine.

Devant ces perspectives inquiétantes, il faudrait universaliser une éthique permettant à l’humanité de maîtriser son avenir. L’humanisme aujourd’hui n’est pas seulement la volonté de l’être humain de maîtriser son propres destin, c’est aussi le sentiment de l’universalité de la solidarité humaine et la conscience d’être engagé dans l’aventure cosmique de la nature et de la planète terre. L’usage de la raison doit se soumettre aux impératifs de l’éthique humaniste, qui impose en toute circonstance, d’être sensible à tout ce qui affecte les humains. Il faudrait pour cela que les sociétés s’organisent sur la base de lois humanistes. Mais les lois ce sont les hommes qui les font. Au fond le progrès à rechercher c’est le progrès humaniste de l’être humain et en premier lieu des élites appelées à gouverner nos sociétés.

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Le progrès de la qualité de l’être humain devrait donc être le facteur essentiel du progrès de la société. Ce sont des hommes qui créent les institutions et font les lois. On peut penser que la politique sera bonne si les hommes sont bons, et ceci est particulièrement vrai en régime démocratique. Une population d’êtres humains de qualité, devrait ne porter à sa tête que des humains d’extrême qualité. Mais d’où vient la qualité de l’être humain ? On sait maintenant qu’elle ne vient pas de ce que l’on a longtemps appelé la race. Les dispositions génétiques doivent sans doute se répartir statistiquement, à peu près de la même façon parmi tous les peuples. En bref, il semble bien que l’élément déterminant de la qualité d’un être humain soit dans son éducation.

Mais comment juger de la qualité d’un être humain ? Certains pourraient être tentés de répondre : par sa sagesse, sa force et sa beauté… Concentrons-nous sur la sagesse, qui à première vue est un composé de connaissances et d’éthique, d’une aptitude à harmoniser l’utilisation de sa sensibilité de perception avec sa réflexion raisonnée, de l’habitude d’ajouter la morale à l’intelligence, la conscience à la science. Ces qualités-là ne sont pas présentes de façon innée en l’être humain, elles sont acquises par l’éducation, qui est elle-même le résultat de l’étude de la nature et de la nature humaine, plus l’apprentissage des usages du comportement social, plus l’expérience des relations humaines dans leur diversité. On voit bien que cette qualité, l’individu la reçoit en grande partie de l’environnement dans lequel il se construit. Et pour un peuple donné, la qualité générale de ses citoyens est déterminée par la culture ambiante et la façon dont la société organise l’éducation de ses enfants.

Ainsi, il est difficile de trancher dans la querelle de ceux qui disent qu’il suffit d’améliorer l’être humain pour améliorer la société, contre ceux qui prétendent que c’est en améliorant la société que l’on améliorera l’être humain. Le phénomène est en réalité complexe et les deux affirmations sont justes. Il s’exerce entre les deux phénomènes une rétroaction permanente. L’amélioration de l’être humain par l’éducation reçue sous l’influence de la culture de la société, doit produire les élites de qualité qui gouverneront sagement. Mais l’organisation de l’éducation et le statut de la culture dans la société, dépendent de la qualité du gouvernement. Ainsi, il doit émaner de la société, des élites de qualité qui orienteront sa culture et ses lois, déterminant ainsi l’éducation des futurs dirigeants. Ceci est particulièrement vrai en démocratie. Le progrès peut donc être provoqué par l’action de proposition d’un groupe de pression, influençant les autorités au pouvoir.

Dans quel sens faudrait-il réorienter l’éducation de la jeunesse pour élever la qualité humaine d’une population ? Depuis la Renaissance et les Lumières, beaucoup de progrès ont déjà été réalisés. Mais il semble qu’avec le temps, l’instruction sur la matière dans un but utilitaire a pris le pas sur la connaissance de l’humain et l’éducation à la vie sociale.

Or, c’est la connaissance de l’humain par l’étude des Anciens et aussi par la lecture des œuvres du médecin Rabelais, du sage Montaigne et de quelques autres, que les humanistes de la Renaissance mettaient en premier dans leur conception de l’éducation. Les Lumières, avec l’esprit encyclopédique, ont fait passer en premier l’acquisition des connaissances scientifiques. Aujourd’hui, il faut revaloriser l’étude de l’humain sous tous ses aspects. Il faut d’abord étudier l’être humain sous l’angle scientifique : anatomie, physiologie, psychologie et anthropologie. Il faut aussi l’étudier sous l’angle culturel, par la littérature et la production artistique.

Quant à l’éducation morale, celle que donne la religion n’est pas en mesure de faire l’unité de la société ; c’est la conséquence de la coexistence d’une multiplicité de religions et par ailleurs du déclin de la pratique religieuse. D’ailleurs, la laïcité doit exiger que l’éducation citoyenne soit détachée de tout contexte religieux, le domaine de l’éducation religieuse étant la spiritualité exclusivement. En outre le point de vue souvent exprimé, qui voudrait que l’école ne se consacre qu’à instruire, l’éducation étant l’affaire de la famille, doit être écarté. Car on sait qu’il est des familles incapables d’éduquer. Et de toute façon, l’éducation dans la famille ne peut pas donner l’apprentissage des relations humaines dans leur diversité, ce qui est indispensable pour la cohésion de la société. Enfin, la formation au civisme qui devrait être la mission des éducateurs mandatés par la République, a été pratiquement effacée par l’Éducation Nationale, et le substitut qu’offrait le service militaire supprimé avec lui. Il faudrait donc revaloriser la mission de l’éducation nationale en la chargeant de la formation éthique et civique du citoyen. Et il ne serait pas inutile de compléter par un « service universel civique et de défense », préalable à l’attribution de la citoyenneté.

Pour élever la qualité de l’être humain, il faudrait que son éducation lui apprenne le culte de la vérité, le respect de la morale et la pratique de la solidarité. Elle devrait l’amener à faire sienne cette maxime des Lumières : « Liberté de penser ! » et celle de Kant qui disait qu’il faut « oser penser par soi-même ! », ainsi que sa conception universaliste de l’éthique exprimée par son célèbre impératif catégorique : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action, puisse être érigée par ta volonté, en une loi universelle… »

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En résumé, il faut admettre que l’ambition de progrès est dans la nature de l’être humain, où elle cohabite avec l’ambition de puissance et de domination. Elle lui a permis au cours du temps d’améliorer ses conditions de vie, par des progrès dans la maîtrise de la nature, dans l’organisation de la société et dans la qualité de l’être humain lui-même.

La volonté de progrès étant dans sa nature, il ne faut pas penser arrêter l’être humain dans son ambition ; il poursuivra sa recherche de progrès, notamment dans sa maîtrise de la nature, avec les dangers que lui fera courir la possible perversion du progrès, par l’excès de volonté de pouvoir et de domination, qu’il faudra conjurer.

C’est par le progrès dans l’organisation des sociétés humaines, que les dérives dangereuses dans la domination de la nature seront maîtrisées ; par la qualité des dirigeants politiques que le régime démocratique devrait mettre au pouvoir, et par les lois encadrant et sanctionnant les apprentis sorciers, les tyrans potentiels et les va-t-en-guerre. Mais ce progrès de la société est lié au progrès à rechercher dans l’élévation de la qualité des citoyens, par une meilleure éducation, une éducation humaniste.

En conclusion, pour que l’ambition de progrès reste vertueuse et fasse régner la paix dans les relations humaines, l’avènement d’une spiritualité humaniste, mettant la valeur de la dignité humaine au-dessus de toute autre, s’impose absolument. C’est pourquoi « Les principes de l’humanisme doivent être placés à la base de toutes les valeurs spirituelles, de toutes les initiatives et [de toutes] les actions humaines[3]… » Depuis les Lumières l’humanisme désigne une doctrine philosophique, de valeur universelle, prenant pour fin éthique l’épanouissement de la personne humaine, en s’attachant à sa mise en valeur par les seules forces humaines.

Il est possible de redéfinir aujourd’hui l’humanisme, comme l’attitude éthique, prenant pour déterminant de tous les actes, de toutes les réalisations, de toutes les lois, ce qui est bon pour l’être humain en tant qu’individu et en même temps bon pour l’humanité dans son ensemble et pour son avenir. Et il faut insister sur l’indissociabilité de trois composantes de l’humanisme, que sont : la volonté d’autonomie de l’individu, l’universalité des principes qui doivent régir la morale publique, et la finalité humaine qui doit être celle de tous les actes. Enfin, ajouter trois conditions d’application : la fonction humaniste de la direction politique des sociétés, une éducation libérale de la jeunesse, fondée sur la connaissance de l’humain et l’apprentissage de la raison soumise à l’éthique, et enfin la tolérance pour toutes les conceptions métaphysiques, communautaires ou individuelles, par le respect de la liberté absolue de conscience.

Claude J. DELBOS

 

[1] Inspiré d’une interwiew d’Edgar Morin sur la crise actuelle Recueillie par Simon BLIN

[2] Inspiré de Jean-Pierre Chevènement (Entretien à El Confidential.msg)

[3] Slavy Boyanov : « L’humanisme ou la grande espérance ».

 

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