Humanisme et Lumieres

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Violence et humanisme

Violence choisie ? violence subie ?

Ce mot, violence, nous l’entendons ou le lisons tous les jours : dans les médias, au travail, en famille, dans la rue, … Son usage abusif, sa banalisation, en ont affaibli le sens qu’il nous faut redéfinir.

Violence : forme francisée du substantif latin violentia, l’adjectif violent reprenant le violentus latin, ces mots étroitement parents du verbe violare. Que l’on se reporte aux traductions du Gaffiot, ou encore aux explications du Littré, le terme de violence comporte l’idée d’une force contraignante exercée par les uns sur les autres dans un but de domination.

C’est cet aspect de la violence dont je me propose de parler en laissant de côté les violences naturelles, telles les tempêtes, séismes, tsunamis..., les violences animalières comme celles du chat vis-à-vis de la souris avec laquelle il joue avant de la croquer, celles du lion plongeant sa gueule sanglante dans les entrailles de la gazelle encore vivante, ou encore les violences répertoriées dans le Code Civil aboutissant au « dam » ou au « dol »....

Le sociologue Michel Wieviorka pense lui-même que la violence est complexe à définir car elle s’envisage sous deux perspectives distinctes, voire opposées : d’un côté son objectivité, sa rationalité, sa factualité, puisqu’elle se compte en nombre de victimes ou de destructions matérielles, et d’un autre côté, sa subjectivité telle qu’elle est vécue, observée, représentée, voulue ou subie.

Plus simplement, dans Léviathan, Thomas Hobbes dit à propos de la violence : « Si deux hommes désirent la même chose alors qu’il n’est pas possible qu’ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis : et dans la poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur agrément) chacun s’efforce de détruire ou de dominer l’autre ».

Ce thème arrêté, fallait-il y trouver un titre. Je dois admettre avoir été indécise gardant à l’esprit que la violence est un sujet trop grave pour être traité à la légère, trop vaste pour prétendre l’épuiser, aussi me suis-je appliquée à l’étudier dans ce qu’elle a de « choisi » ou de « subi » sans exclure qu’elle peut être les deux à la fois, d’où mon titre : Violence choisie et/ ou violence subie ?

Choisir, qu’est-ce ?

Ce mot apparait en vieux français sous la forme « cosir » qui veut dire voir, apercevoir, découvrir. Il est de racine germanique repris du gothique, il est à rapprocher du verbe latin "optare" qui suppose un examen, une recherche avant le choix et qui équivaut à « prendre parti ».

Subir, qu’est-ce ?

Il n'y manque que le "e" final pour avoir le mot latin "subire", littéralement "aller sous" : selon Littré, "passer de gré ou de force sous ce qui est prescrit, infligé"- exemple : subir le joug, l'oppression, passer sous les fourches Caudines...

C’est donc en fonction de ces définitions et des idées qu’elles recouvrent que j’ai voulu traiter de la violence, de l’image qu’elle renvoie, des sentiments qu’elle m’inspire, rechercher ses mécanismes et, pour finir, faire partager mes interrogations.

Spontanément, on entend que la violence est voulue ou « choisie » par celui qui l’exerce et « subie » par celui qui en est victime. Mais peut-on dire qu’un acte brutal, une agression, puissent être « choisis » ? Par celui seul qui en est l’auteur, ou par celui qui en est la victime ? Par les deux peut-être ?

Subie ou choisie, la violence est une préoccupation centrale de notre société.

Pour essayer de mieux comprendre ce qu’il en est, je vais tenter d’établir son origine, son développement, son importance actuelle dans notre société et les moyens de la combattre.

            I- Histoire succincte de la violence au cours des âges

En regardant le passé, il apparaît que la violence dont nous parlons soit aussi vieille que l’Homme. On en a pour image première l’expulsion d’Adam et Ève du Paradis terrestre où l’on voit un dieu terrible brandissant une épée de flamme contre ses créatures ; celles-ci s’adaptent à peine au dur labeur de leur vie terrestre que leur progéniture s’entretue, pour la terreur des jeunes écoliers effrayés par l’œil qui regardait Caïn dans la tombe d’Abel.

Les écrits les plus anciens, égyptiens ou bibliques, regorgent de déportations, génocides, destructions.

Nous nous souvenons de la bataille de Qadesh (13ème siècle avant J.C.) et de son récit figurant en bande dessinée sur les murs d’Abou Simbel où l’on compte les morts en nombre de mains coupées..., ou de la conquête du pays de Canaan menée par Josué dont la Bible (le livre de Josué 621) conclut, en fin de la prise de Jéricho : « ils (les Juifs) appliquèrent l’anathème à tous ceux qui se trouvaient dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu’aux bœufs, aux brebis et aux ânes, les passant au fil de l’épée ».

On aurait pu penser que l’émergence de la civilisation grecque puis de celle latine, aurait apaisé progressivement les relations humaines, il n’en est rien.

En Grèce et en Rome Antiques, la violence reste omniprésente, aussi bien dans le monde terrestre que dans la sphère divine. Dans la Cité se poursuivent les exécutions, les tortures, les guerres, les génocides, l’esclavage… le suicide de Socrate, le meurtre de César par son fils, les jeux du cirque, la persécution des chrétiens … Des gens mourraient dans d’atroces souffrances pour le simple amusement des citoyens. La torture était prisée au point que la foule se déplaçait en masse pour y assister : hommes, femmes et enfants ; ils prenaient une part active aux spectacles, pariaient sur le vainqueur, le survivant, décidaient de l’achèvement du vaincu sur lequel ils avaient perdu leur mise…

Dans le monde divin imaginé par les Grecs et les Latins pour la représentation idéalisée du monde terrestre, la violence était la même. Les dieux, cruels, indisciplinés, vindicatifs, menaient des guerres fratricides les uns contre les autres, violaient femmes et animaux et se jouaient des humains. La mythologie narre ces histoires. La barbarie avait commencé dès après le Chaos quand Titan demanda à son frère Saturne de tuer tous les enfants qu’il aurait de sa femme Rhéa, lui offrant en échange de régner sur le Monde. Infanticides, matricides, parricides, viols, supplices éternels, il serait trop long de rendre compte de toutes les violences racontées dans les contes et légendes mythologiques qui mettent en actions Monstres, Géants, Dieux et Héros, mais ne les oublions pas. Jacqueline de Romilly admet, dans son ouvrage « La Grèce antique contre la violence », qu’il aura fallu attendre l’apparition du monothéisme et la montée du christianisme pour que Dieu devienne Amour et que les violences divines cessent (si l’on excepte l’enfer toujours menaçant).

Pourtant, la relation des guerres postérieures reste illustrée d’épisodes sanglants, de déportations massives, de populations soumises à l’esclavage. Les génocides se poursuivent. L’art de la guerre évolue, l’homme cherche sans cesse des armes plus efficaces, qui permettent non seulement de tuer en masse, mais également de blesser l’ennemi plus sévèrement. Le Moyen-âge reste dans mon esprit une période terrible, avec l’Inquisition médiévale qui condamna l’hérésie en torturant et en exécutant ceux qu’elle en jugeait coupables. Et les violences se poursuivent. L’Inquisition espagnole abolie par Joseph Bonaparte en 1808 est rétablie par Ferdinand VII en 1814. Avant cela les guerres dites de revendication ont causé des ravages sous nos rois ; il était légitime d’acquérir ou céder des terres avec ceux qui les occupaient ; nous eûmes la Terreur, les guerres républicaines et napoléoniennes suivies des guerres coloniales avant d’en arriver aux deux guerres mondiales dont la Seconde qui a reproduit probablement toutes les violences déjà évoquées depuis les tortures diverses jusques aux génocides en passant par les horreurs des camps de concentration ou de travail.

Nous voyons que malgré les promesses de paix universelle, la violence perdure et que le monde reste victime de heurts tragiques, douloureusement subis par les populations des pays où ils se produisent.

Nous avons beaucoup parlé de l’Europe, mais rappelons les guerres du reste du monde (que je n’énumérerai pas) et certains rituels d’une extrême violence, comme chez les Mayas ou chez les Japonais. Certains Aztèques en effet se proposaient au sacrifice pour être divinisés, car ils pensaient que la vie après la mort dépendait plus de la manière dont on mourrait que de ce qu’on avait fait sur terre. Et c’est au 12ème siècle au Japon qu’est né la tradition du seppuku ou harakiri utilisé par un guerrier, en dernier recours, lorsqu’il jugeait l’ordre de son maitre immoral et refusait de l’exécuter, ou qu’il avait commis une faute (volontaire ou accidentelle). Pour conserver son honneur et ne pas « perdre la face », il choisissait de se donner la mort de manière rituelle.

L’histoire de la violence nous apprend donc qu’elle a toujours existé et qu’elle s’est exprimée sous des formes variées, plus ou moins brutales, s’adaptant au fil du temps et au gré des nouvelles techniques.

J’ai fait des sauts très importants dans le temps car il faudrait un livre pour rapporter même incomplètement et de la façon la plus concise toutes les violences humaines, ne serait-ce que celles des 4 derniers millénaires.

Si le comportement violent est inhérent à la nature humaine, il est cependant en totale opposition avec les préceptes de la philosophie prise dans son sens premier « d’amour de la sagesse » ; il fait fi d’une bonne organisation sociale et du goût profond, réel, de l’être humain pris individuellement qui aspire certes à la satisfaction de ses besoins, mais par l’application de l’équité, non de la contrainte, et qui recherche la sécurité en même temps que des relations aimables avec ceux qui l’entourent.

Cette recherche est-elle utopique ? Certainement non et je le redirai plus loin.

Mais puisque nous avons parlé de philosophie, qu’ont dit les philosophes à propos de la violence ?

            II- L’approche de la violence par les philosophes

Les anciens paraissent s’être peu intéressés à la violence telle que nous l’entendons aujourd’hui. Aristote nous donne à comprendre que le monde humain se constitue comme l’espace du sens qui se révèle dans le langage et qui se traduit dans le discours raisonnable, et il n’a pas appris à Alexandre le droit des prisonniers et la sauvegarde des populations civiles. Sénèque fut longtemps le conseiller de Néron. Machiavel (15ème- 16ème) était surtout préoccupé par la politique.

Venons en à Montaigne (16ème siècle), amoureux de la nature, il disait, probablement avec malice, « tenez chauds les pieds et la tête ; au demeurant vivez en bête ».

Est-ce que l’approche philosophique de la violence préoccupait beaucoup les penseurs, au-delà du simple constat, avant le 18ème siècle et en France ? Je crois bien que ce sujet suscitait peu d’intérêt jusqu’aux travaux entrepris par les philosophes du Siècle des Lumières.

Mais pendant un temps, la différence était-elle nette entre la condition humaine et les animaux dont nous venons de parler ? Les Barbares étaient considérés, comme des bêtes sauvages impossibles à domestiquer, donc inutiles et dangereux ; les esclaves faisaient partie du cheptel au même titre que les animaux d’élevage ; les métèques ont acquis petit à petit une notation péjorative..., les rapports, dits violents, existaient entre citoyens ou peuples nantis qui s’en servaient à bon droit pour l’acquisition ou la défense de leurs intérêts.

La dramaturgie de Shakespeare exprime et décrit avec force la violence, entraînant tourments, doutes et regrets chez les héros, tel Richard III (1597) hurlant « le meurtre cruel au plus atroce degré, tous les crimes poussés au suprême degré, se pressent à la barre criant tous : coupable !... il m’a semblé que les âmes de tous ceux que j’ai assassinés venaient à ma tente... » (Acte V scène III). La violence engendre là une culpabilité.

Pascal écrit « toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence et ne font que l’irriter encore plus »... Mais il reste optimiste : « la vérité subsiste éternellement et triomphe enfin de ses ennemis ».

J’ai déjà cité Thomas Hobbes et son Léviathan (1651) ; il ajoute après la définition de l’opposition violente de deux hommes : « là où l’agresseur n’a rien de plus à craindre que la puissance individuelle d’un autre homme, on peut s’attendre avec vraisemblance... à ce que d’autres arrivent tout équipés […] pour le déposséder et lui enlever […] la vie ou la liberté ».

Mais il mentionne que la violence opposée en défense pour la conservation de soi-même est généralement autorisée.

Le même défend que les passions humaines sont au fondement de la guerre de tous contre tous, de la violence générale, qui caractérise les groupes humains tant qu’ils n’ont pas créé une société civile. Il étudie donc les passions humaines et le pouvoir, à la fois sous l’angle individuel et sous l’angle social et conclut qu’ils sont au cœur de cette violence. Ayant compris le fonctionnement de l’homme et analysé sa condition naturelle, Hobbes nous conduit directement au problème politique. L’état de nature, loin d’être idyllique, est guerre de chacun contre chacun. Les hommes sont égaux par leurs facultés de corps et d’esprit. De cette égalité d’aptitude découle la volonté d’atteindre les mêmes fins, d’où la rivalité et la défiance qui entraînent la guerre. L’état de nature contraint l’homme à une vie quasi animale. C’est la « loi de la jungle ». Seul un « pacte social », un pouvoir politique, un contrat, peut maitriser la violence inhérente à l’homme. Trois lois fondamentales constitueraient ce contrat : la raison, la paix et la justice. Hobbes défend alors la constitution de la République comme organisme exerçant un pouvoir politique et garantissant la sécurité. Il ira même plus loin en subordonnant l’Église au pouvoir politique – nous retrouvons là le principe de laïcité.

Thomas Hobbes explique donc l’état de nature violent de l’homme et la nécessité de créer un contrat social pour assurer le bon fonctionnement de la vie en communauté et la sécurité des personnes.

Comme on le voit, disserter sur ce philosophe, lire les autres, nous amène à des réflexions politiques plus que philosophiques et nous invite à croire que la violence peut être choisie comme moyen de gouvernement, j’ajouterai acceptée et subie par les peuples qui ont mis en place ces gouvernements.

En faisant un saut dans le passé, nous voyons que les philosophes de l’époque ancienne, s’ils admettaient chez les citoyens ou les ensembles de citoyens des comportements violents, avaient néanmoins le souci de la justice et qu’ils avaient dès ce moment inventé la République. Platon sous ce titre, rapportant le dialogue entre Socrate et Glaucon, fournit une théorie de la justice, soit un ordre permettant harmonie et équilibre, constitué d’une justice politique et d’une justice de l’âme. Cet ouvrage est intéressant dans son explication du fonctionnement de la cité, bien que contestable, je l’accorde, puisqu’il conclut par la nécessité de mettre le pouvoir entre les mains des philosophes créant ainsi une forme de gouvernement autoritaire.

Je reviens au XVIIIè siècle en négligeant Pascal et Montesquieu et je citerai d’abord J.J. Rousseau que ses réflexions philosophiques ont conduit sur le même chemin que Platon et qui, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, veut montrer comment le mal est apparu dans l’histoire et comment s’est faite la genèse historique de l’inégalité. Rousseau décrit la décadence de la société civile en cette phrase : « telle fut, ou dut être, l’origine de la société et des lois, qui donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces au riche ». A l’inverse de Thomas Hobbes, il considère qu’à l’état de nature les hommes sont libres, égaux et bons, et que c’est l’entrée en état de société qui va les corrompre et entrainer des violences à cause des inégalités qu’elle crée. Dans son ouvrage Du contrat social il développe ainsi cette idée de contrat social ou de pacte social légitime qui doit être mis en place afin d’éviter la guerre de tous contre tous.

Je dois citer Voltaire qui a beaucoup parlé de philosophie, écrivant notamment « Les Lettres Philosophiques » et son « Dictionnaire Philosophique ». Cet homme d’une culture universelle a défendu avec virulence et pugnacité les victimes de la violence, l’exemple le plus remarquable étant son action dans l’affaire Callas ; Voltaire aurait pu signer à cette occasion un article titré « J’accuse » ; la communication s’exerçait alors différemment ; et Zola était soutenu par le remarquable polémiste qu’était Clemenceau.

Il faut encore parler de Diderot, connu pour son œuvre célèbre « L’Encyclopédie », dans laquelle il a voulu faire état de toutes les sciences, partageant en cela l’ambition des philosophes grecs.

J’y ai fait allusion : la pensée philosophique concernant la contrainte par les uns contre les autres amène à des actions politiques tendant à protéger les victimes même résignées ou consentantes et c’est ce dont je vais parler maintenant.

            III- La violence, problème sociétal

Robert Muchembled, universitaire de haut niveau et qui s’est spécialisé dans ce que nous étudions, écrit dans son livre « Histoire de la violence » (2008), que l’on constate une diminution de presque 99% de la violence depuis 700 ans, la violence étant mesurée par le nombre d’homicides pour 100000 habitants par an. Tout comme Jean-Claude Chesnais, il explique ce phénomène par l’évolution culturelle et morale qui a fondamentalement modifié la notion masculine de l’honneur et la relativité de la notion de crime. Le combat et l’affrontement participait à l’affirmation de la virilité et à la socialisation des garçons. Ainsi apprenons-nous que le viol collectif a toujours existé, comme affirmation collective de la virilité ! Quant aux crimes, liés à la notion de moralité, leur niveau d’importance a également beaucoup changé avec le temps. Le crime est aujourd’hui l’infraction pénale la plus grave. Il en existe trois types : contre les personnes, contre les biens, contre l’État. Et cette classification est très récente car elle a été façonnée par les sociétés en fonction des principes fondamentaux qu’elles doivent défendre, qui eux-mêmes ont été évolutifs.

Nous admettons donc que les violences ont toujours existé mais que leur répression a évolué au fil du temps en fonction de ce que l’homme a considéré comme moral ou inacceptable.

Les violences subsistantes et le fait qu’aujourd’hui on ne peut en ignorer aucune, concourt à créer une inquiétude grandissante.

Or si l’homme est naturellement porté à la violence, il faut admettre cette contradiction qu’il réclame, qu’il exige même, de ses responsables politiques, de ceux qu’il élit, qu’ils lui procurent une sécurité estimée due.

Essayons de cerner les causes du malaise social dont nous espérons vivement et à bon droit la disparition.

J’en oublierai certainement, mais citons, dans le désordre :

- les violences nées des discriminations raciales, sexuelles, religieuses...

- les violences étatiques par promulgation de lois, jugées par certains, inadaptées

- les violences qu’exercent sur les individus ou sur la société les auteurs de crimes et délits

- les violences terroristes

- les violences politiques pouvant aboutir même malheureusement, à des attentats meurtriers

- les violences habituelles, répétées, dites urbaines, dont les dernières en date en France ont eu lieu lors de l’anniversaire du PSG et des manifestations contre le mariage pour tous.

- les violences scolaires, racket, bizutage, humiliations, jeux morbides, …la violence à l’école est un phénomène troublant dont on ne parlait pas beaucoup il y a 20 ans, enfin à ma connaissance. Entre les tueries menées par des déséquilibrés, les bizutages qui tournent mal ou les persécutions qui conduisent les enfants à l’isolement, la dépression, voire le suicide, on se demande comment on a pu en arriver là et surtout comment faire pour les protéger.

- les violences au sein de l’entreprise:

  1. a) le harcèlement :

L’abus de pouvoir et la manipulation perverse en sont à l’origine. Sexuel ou psychologique, il est très difficile à prouver pour les victimes. Combattre le harcèlement quand on en est victime nécessite d’être psychologiquement très fort. Est-il finalement plus simple d’en rester victime ?

  1. b) le suicide au travail :

Véritable choc pour le monde de l’entreprise, on en parle depuis peu et il fait l’objet d’une réflexion profonde sur le stress lié à la réorganisation du travail, sur la communication et les pratiques de management. IBM, France Télécom, Renault, PSA, … Le suicide au travail est d’une rare violence, car l’individu choisit une violence qu’il applique contre lui-même pour combattre une violence subie qu’il considère bien pire encore.

- les violences conjugales : Insultes, agressions physiques, chantage affectif, viols et autres pratiques sexuelles imposées, pressions psychologiques…il en existe beaucoup de victimes, mais elles sont peu nombreuses à les dénoncer. Il n’est pas rare de constater qu’au sein de nombreux couples, l’un pousse l’autre à bout, par choix, jusqu’à ce que la violence s’exprime.

- les violences esclavagistes : je vais en dire deux mots. L’esclavage est aboli, définitivement dit-on, en France par le gouvernement provisoire (1848), à la même époque dans la plupart des pays dits civilisés, ainsi est-il devenu depuis lors illégal, mais Joseph Kessel peut en 1955 faire un reportage bien documenté sur le trafic d’esclaves en Mer Rouge. Il y a peu, une toute jeune fille put s’enfuir de chez son maître, personnalité étrangère résidant à Paris, et on n’a pas fini de recenser les enfants enchainés sur leurs lieux de travail sans l’espoir de pouvoir jamais en sortir. Disons enfin que la prostitution ressort souvent de l’esclavagisme. Combien « d’esclaves sexuels » compte-t-on ne serait-ce qu’à Paris ? Et ces esclaves, qui choisissent de risquer des violences, finissent par les subir.

- les violences contre soi-même dont le suicide fait partie : certains individus, notamment à l’adolescence, se donnent des coups, se scarifient, se mutilent. Ces violences sont révélatrices d’une profonde souffrance, d’une incompréhension du monde et de soi-même, et de l’incapacité à communiquer, à évacuer la peine ou la colère. Je pense que les textes de Freud pourraient beaucoup nous éclairer sur ce sujet.

Cette liste peut être indéfiniment allongée. Suite à cette liste, une question me vient à l’esprit : peut-on penser qu’une victime de violences finit par les choisir en abandonnant l’idée de les combattre ?

Heureusement qu’une prise de conscience s’est développée et qu’à tous les niveaux la lutte contre la violence s’est organisée.

Et je vais essayer de justifier l’optimisme que je conserve par ce qui me reste à dire.

            IV- La lutte contre la violence

On l’a vu, la violence est un phénomène humain, elle a progressivement évolué dans ses manifestations mais aussi dans la façon dont elle a été ressentie. D’abord banale, ordinaire, elle a petit à petit donné matière à réflexion jusqu’à devenir une préoccupation importante du monde intellectuel. Les enseignements d’Érasme, premier humaniste de dimension européenne les ouvrages de ses admirateurs inspirés, Diderot, Rousseau, Voltaire, du siècle des Lumières, et les travaux de Marat, Talleyrand, Condorcet, Sieyès, Danton..., ont donné naissance le 16/8/1789, à ce monument qu’est la « Déclaration de l’Homme et du Citoyen ». Dans le même esprit, Cambacérès présida à l’élaboration du Code Civil de 1804 dont le bon sens et l’équité font toujours l’admiration et ont inspiré les législations de nombreux pays.

L’ébranlement causé par la Première Guerre Mondiale généra l’idée d’une association des nations afin de garantir l’indépendance politique et l’intégrité territoriale des petits comme des grands États. Ce fut la Société des Nations (SDN), réunie officiellement la première fois en 1920, qui agit peu faute de moyens et fut abolie en 1947.

Le séisme de la Seconde Guerre Mondiale a amené une véritable volonté d’exclure pour l’avenir toute possibilité de violence d’État à État, et il en est résulté la mise en place de l’Organisme des Nations Unies (ONU), dont la charte est entrée en vigueur le 24 août 1945 ; les 51 pays fondateurs ont été rejoints par presque tous les autres pays, et cet Organisme dont le siège est à New-York, a acquis une importance grandissante dans de nombreux domaines et dans celui qui nous occupe, le maintien de la paix, intervenant partout dans le monde pour résoudre les conflits dès lors qu’elle n’en est pas empêchée par l’un des pays ayant droit de veto.

Outre la naissance de l’ONU et concomitamment, on s’est soucié de sanctionner les manquements constatés à la morale internationale en créant le 8 août 1945, le Tribunal Militaire International de Nuremberg, pour y juger les criminels nazis. Afin d’éviter toute échappatoire, les crimes de guerre et ceux contre l’Humanité ont été déclarés imprescriptibles. Puis fut institué en 1998 la Cour Pénale Internationale Permanente pour connaître de toutes les violences dans le monde.

Ces mesures sont efficaces compte tenu de ce qu’à tout instant un quelconque présumé coupable peut se trouver sous le coup d’un mandat d’arrêt international et ne peut guère éviter de rendre compte de ses actes.

À côté de ces dispositions internationales, chaque pays a multiplié les lois préventives ou répressives contre la violence, avec la difficulté de rester dans un juste équilibre : trop peu de rigueur sera de nature à libérer l’expression de la violence, mais un excès de sévérité deviendra facilement une entrave faite à la liberté de la victime présumée.

En France, sachant que la violence ordinaire est souvent conséquence d’une densité trop importante de gens par ailleurs désœuvrés, le gouvernement a créé un groupe de réflexion Habitat et Vie Sociale dans les immeubles collectifs. Un vaste chantier de réhabilitation des cités HLM a été lancé. Une instance ministérielle est occupée à plein temps. Le ministère de la Justice de son côté a créé le Comité d’Étude sur la Violence, la criminalité et la délinquance.

Ces efforts importants et qui sont poursuivis ont eu des effets bénéfiques et des progrès ont été réalisés dans les rapports sociaux, l’éducation et l’intégration des jeunes dans la société.

En ce qui concerne les difficultés survenant dans les entreprises, j’y porte une attention particulière, je peux même dire que je m’y attache avec passion, puisque c’est en relation étroite avec l’enseignement que j’ai recherché et reçu pour satisfaire mon ambition d’aider, selon mes moyens, à l’amélioration de tous les travailleurs dans le monde. Une bonne éducation et des sanctions viendront à bout des harcèlements divers. Une action psychologique devrait limiter, sinon supprimer, les désespérances et les suicides. Un respect strict et attentif du droit du travail et des droits des travailleurs permettraient de retrouver le bonheur et la tranquillité auxquels tous aspirent.

Des discussions sans fin se sont engagées il y a déjà longtemps sur l’influence que peuvent avoir sur le caractère de l’individu normal, les débordements, les violences et crimes en tous genres avec lesquels les médias prétendent nous amuser : il semble que les experts n’aient pu se mettre d’accord sur cette question sur laquelle il existe le rapport intéressant de Blandine Kriegel.

Nous constatons donc que la lutte contre la violence est une affaire de santé publique internationale et que les institutions nationales et internationales, les médecins et chercheurs, analysent ses causes et ses effets, afin d’y trouver des solutions.

            V- Humanisme et violence

Pour conclure, je me tourne vers Érasme qui recherchait l’union en vue du développement d’une idée morale qui soit au-dessus des intérêts économiques.

C’est une ambition tout à fait réalisable.

Sinon, à quoi servirait-il aux Humanistes de réfléchir et travailler pour cet idéal ? Notre rôle n’est-il pas de développer les capacités de l’Homme pour vaincre, par l’éducation et l’exemple, ses velléités belliqueuses et l’amener à l’humanisme prôné au siècle des Lumières par des penseurs qui avaient opté pour les règles d’une véritable « philosophie » ?

Alice R.

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