Humanisme et Lumieres

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Le Militantisme associatif

Le militantisme associatif

par Claire BESSALIAN

Apparue dans les années 1960, l’expression « militantisme » est plus récente que celle de « militant » - [du latin militare (soldat effectuant son service militaire ou personnes se battant, armes à la main, pour défendre ou imposer leurs convictions, leurs idées)] – dont la figure est plus ancienne et renvoie aux luttes révolutionnaires du XIXe siècle, porteuses de profondes mutations politiques, économiques et sociales. L’accent que revêt le terme de militant est alors porté sur le rôle joué par l’individu, lequel, ayant rejoint le groupe – syndicat, parti politique ou association – ne se contente pas d’une simple adhésion mais devient le sujet d’une action dont il n’est en général pas l’initiateur mais l’exécutant. Au XVIIIe siècle, la France est considérée comme le laboratoire institutionnel de l’Europe ; elle entame dès sa révolution de 1789 une succession singulière de régimes politiques (trois républiques, deux monarchies et deux empires) et connait dès lors un affrontement idéologique qui se voudra durable, entre partisans de la révolution et contre-révolutionnaires. En moins d’un siècle, au prix de luttes et d’actions militantes considérables, vont se mettre en place des réformes sociétales progressistes d’importance. NDR : Cet essai ne veut traiter que le seul militantisme humaniste, le militantisme syndicaliste est ici écarté.     

Les fondements du militantisme

et l’essor des libertés politiques, économiques et sociales

Historiquement, engagement militant et construction d’un corpus juridique à des fins humanistes vont de pair : les deux premiers chantiers pionniers de l’essor du droit sont le droit social et le droit de la famille, dont on note la mise en place des premiers fondamentaux dès la fin de l’Ancien régime. En Europe, ce sont les corporations professionnelles qui régissent le monde du travail ; elles édictent des statuts et des règlements, lesquels définissent les relations entre maitres et apprentis. Ce sont les compagnonnages qui vont imposer aux maitres les balbutiements du contrat de travail individuel, pouvant être considéré comme la toute première forme de militantisme concernant le droit du travail. Puis la Révolution française va abroger les corporations (Loi Le Chapelier) et interdire les grèves ; parallèlement, elle va permettre à ce que tout homme puisse exercer librement toute activité professionnelle, pour son compte ou le compte d’autrui (décret d’Allarde). Cette notion très libérale du travail aura pour conséquence une dégradation extrême de la condition ouvrière durant le XIXe siècle ; il va falloir attendre 1841 pour qu’un nouvel essor de la codification du droit social s’effectue, avec l’avènement de l’interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans (toutefois encore non effective). En 1848, la journée du travail devient limitée à 10 heures, et un ministère  du travail est créé.  Le 21 mars 1884 est proclamée la liberté syndicale ; la révolution industrielle[1]  et technique a transformé le paysage de la France, en rééquilibrant la répartition des populations villes-campagnes (en 1910, 50% des français sont déjà citadins). Dès 1895, les syndicats se réunissent sous forme de Confédération internationale et de nombreux textes ayant pour objet la protection des droits des salariés sont alors adoptés. Le Code du Travail est instauré en France en 1910. Un embryon de sécurité sociale voit ensuite le jour avec la loi de 1898 qui reconnait les accidents du travail, puis ce seront les lois de 1828 et 1832 qui instaureront les allocations familiales et l’assurance maladie. Les grandes réformes de 1936 vont inaugurer à leur tour l’ère moderne du Droit social, avec les accords de Matignon signés le 7 juin 1936 (naissance de la liberté syndicale) et la promulgation le 20 juin 1936 du droit aux congés payés.

Du côté du droit de la famille, nous observons à la fin de l’Ancien régime, l’existence de « traditions juridiques », qui résultent du jeu complexe des divisions religieuses, des spécificités coutumières, et des oppositions entre les pays de droit civil (droit romain) et ceux d’Angleterre (common law). En France, au XVIIIe siècle, le droit de la famille est régi par le droit canon, lequel fait prévaloir la toute-puissance paternelle perpétuelle (la femme est alors réputée comme juridiquement incapable et les enfants sont considérés mineurs jusqu’à leur mariage). Une première vague de codification européenne se met en place[2] (dont la promulgation du Code civil français en 1804), elle va réaliser le difficile compromis entre l’héritage du droit romain et l’apport récent des Lumières : ainsi le Code français établit-il l’institution d’un mariage civil et le combine avec des modalités de divorce très restrictives – dispositions qui seront ensuite abrogées, le divorce étant supprimé en 1816. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il n’existe donc pas encore de modèle libéral de la famille, la personnalité de la femme étant absorbée par celle de son mari en tous domaines. Pourtant, un vent de modernisation s’étend en Europe avec la diffusion du mariage civil, et les premières mobilisations et revendications en faveur du droit des femmes s’établissent dès la première moitié du XIXe siècle : abrogation de la tutelle du sexe[3], campagnes d’opinion en Angleterre en faveur du divorce, lutte contre la discrimination liée aux lois sur les maladies vénériennes[4]  Les féministes britanniques obtiennent des résultats grâce au soutien d’hommes politiques libéraux, avant que ne se développe le mouvement politique des suffragettes[5]. Si au lendemain de la première guerre mondiale, la reconnaissance du rôle joué par les femmes conduit en Italie (1919) et en Pologne (1921) à l’abolition de la puissance maritale,  il faudra toutefois attendre en France l’avènement du Front Populaire (1938). Le droit de la famille finit de converger en Europe dans les dernières décennies du XXe siècle, sur les bases des principes démocratiques de liberté et d’égalité : en France, on assiste à la  libéralisation de l’avortement (promulgué en 1975), à la mise en place de l’égalité des filiations naturelles et légitimes, à l’autorisation de l’adoption, et depuis les années 70 à la refonte du droit de l’autorité parentale sur des bases communes aux couples mariés et non mariés. Le dernier bastion conservateur français concerne encore le domaine des successions, inachevé de nos jours. On le note, c’est bien le militantisme du XIXe siècle qui a forgé la plupart des évolutions juridiques progressistes dont nous bénéficions aujourd’hui.

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Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, face à l’horreur subie par les nations ravagées, la communauté politique internationale éprouve le besoin de consolider et promouvoir les textes progressistes établis jusqu’alors, dans l’optique de maintenir une paix définitive et internationale. La Charte des Nations Unies signée le 26 juin 1945 va disposer de manière conventionnelle un ensemble de droits et libertés irréfutables, inspirés des textes humanistes et philosophiques existants. Parallèlement, la Cour de Justice internationale est créée et investie d’une mission de régler les conflits juridiques entre États. Seront ensuite publiés la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, la Convention européenne des droits de l’homme de 1950, la Convention des droits de l’enfant de 1989, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée le 7 décembre 2000. Sur le plan européen, la Cour européenne des droits de l’homme est institutionnalisée en 1959. Plus récemment, des tribunaux pénaux sont mis en place suite aux violations flagrantes du droit humanitaire international (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie en 1993,  TPI pour le Rwanda en 1994).

La France, terre des Lumières, a inséré dans ses textes constitutionnels l’existence des droits fondamentaux et des libertés publiques  (liberté d’expression, liberté d’aller et venir, liberté de pensée, de conscience et de religion, pour n’en citer que quelques-uns). Nos textes constitutionnels sont le Préambule de la Constitution française de 1946, (IVe République), la Constitution du 4 octobre 1958 (Ve République), la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. La France est aussi pionnière du droit des associations par sa loi du 1er juillet 1901. Ces textes ont tous en commun d’être érigés en garants constitutionnels de l’intérêt individuel autant que collectif ; il s’agit toutefois d’une particularité française dont nous devons avoir conscience.  

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C’est suite à l’existence de cette récente et rapide construction juridique institutionnelle internationale, que des Organisations non gouvernementales vont se créer dans le monde et se développer sur l’initiative de militants bénévoles. Les terreaux florissants du droit international et des droits nationaux, imbriqués, vont permettre aux individus de se saisir de manière autonome des écueils encore existants et d’accélérer la reconnaissance des droits de humains[6] en devenir.

En novembre 1960, lorsque l’Avocat anglais Peter Benenson, découvre en lisant le journal qu’à Lisbonne, deux étudiants ont été arrêtés, incarcérés et condamnés à 7 ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté, il s’imagine tout d’abord se rendre à l’ambassade portugaise pour protester, quand lui vient l’idée d’envahir de courriers de protestation des citoyens anglais la boite aux lettres du gouvernement portugais : le principe directeur de l’envoi de courrier en nombre de l’association AMNESTY INTERNATIONAL est né. L’ONG comptabilise en 2016 plus de sept millions de membres, et défend les droits politiques, économiques et sociaux à travers le monde, au moyen de courriers ou emails. Autre exemple d’ONG internationale célèbre, l’association REPORTERS SANS FRONTIERES. Fondée en 1985 à Montpellier par quatre journalistes, devenue aujourd’hui leader dans le monde pour la défense et la promotion de la liberté de l’information. Reconnue d’utilité publique en France depuis 1995, l’organisation s’est illustrée tant lors des JO de Pékin en 2008, qu’en Afrique, où elle a par exemple soutenu l’établissement en 2009 de la seule radio indépendante à destination des Erythréens, radio Erena. RSF s’est également illustrée en Haïti, où elle a créé un centre d’appui aux médias après le séisme de janvier 2010, ou, plus récemment, en Syrie, où elle a dispensé des formations pour des journalistes et bloggeurs. Les ONG sont nombreuses et multiples dans leurs actions : EMMAUS international est créée en 1971 (suite à la création des groupes EMMAUS par l’Abbé Pierre en 1949) ; on peut encore citer HUMAN RIGHTS WATCH fondée en 1978 (ancienne ONG appelée Helsinki Watch), qui a reçu en 1997 le prix Nobel de la Paix, GREENPEACE (défense de l’environnement), HANDICAP INTERNATIONAL, MEDECINS SANS FRONTIERES, ACTION CONTRE LA FAIM, WWF (World Wild Fund) pour les plus connues.

On observe une prolifération remarquable des ONG dans le monde à partir des années 80 : en 1968, à la conférence des droits de l’homme de Téhéran, les ONG sont au nombre de 200. Après la chute du mur de Berlin, le phénomène d’internationalisation prend de l’ampleur et aucune région du monde n’y échappe ; on note en effet plus de 2000 ONG en 1995 lors du sommet de Copenhague sur le développement social.  La raison en est probablement les opportunités politiques nouvelles qu’ont offertes les périodes de transition démocratiques (années 1970 en Europe du Sud, années 1980 en Amérique latine, et celles des années 1990 en Europe centrale et orientale ou en Afrique subsaharienne). La Roumanie postcommuniste s’est ainsi dotée en moins de dix ans, de plus de 200 000 ONG. En 1997, une étude internationale universitaire en dénombrait près d’un million en Inde, 210 000 en au Brésil, 17 500 en Egypte, 15 000 en Thaïlande. Lors de la création du Conseil économique et social des Nations unies, après la Seconde Guerre mondiale, les ONG disposaient de 45 sièges. Elles sont aujourd’hui plus de 2 000 à y être accréditées. Le flux de l’aide étrangère canalisée par les ONG serait passé de 2,7 milliards de dollars en 1970 à 7,2 M$ vingt ans plus tard[7] En outre, dans les années 1980, 6% seulement des projets de développement financés par la Banque mondiale impliquaient la participation d’ONG ; ce chiffre atteint désormais les 50%. On comptabilise aujourd’hui environ 10 million d’ONG à travers le monde, dont une personne sur 4 serait bénévole ; c’est dire l’intérêt que représente l’engagement militant associatif, et malheureusement peut-être aussi, le sentiment d’iniquité répandu qui justifie la décision d’un tel engagement. 

                                                                      

L’engagement militant

Nous avons vu que l’engagement militant – dans son acception contemporaine – est un phénomène plutôt récent. On peut s’interroger sur la motivation de l’engagement, et l’expression de ses différentes formes. L’acte militant – qu’il soit politique ou strictement humanitaire – requiert tout d’abord de la part de l’individu qui le met en œuvre, un processus d’appropriation. Cette appropriation du sujet, et le sentiment de plaisir corollaire, sont indispensables à la réussite du projet personnel, et à sa durée. Tout dépend du profil du militant : l’immigré qui intègre une structure associative locale tente généralement une reconnaissance, une implication. La victime d’une erreur médicale ou d’un crime – au-delà du satisfecit judiciaire -  va rechercher au travers de son engagement une espérance de transmission à l’égard des tiers et une activité de prévention. Le militantisme est perçu de manière générale comme le reflet d’un acte citoyen, une valeur humaniste à mettre en exercice et un modèle à transmettre aux générations futures. S’il est assez difficile de constater un profil type du militant, les statistiques indiquent que ce sont majoritairement les femmes qui s’investissent et s’engagent dans les associations, au contraire de la politique qui, à l’échelle mondiale, reste un terrain de jeu masculin. La forme du militantisme est assez variée : manifestations collectives, courriers, mailing, boycott, action individuelle. Quant à la durée de l’engagement militant, il semble qu’elle soit de durée variable, généralement assez longue quand le projet est porteur d’un idéal personnel (en moyenne, des délais de 20 ans selon l’âge du militant), plus courte quand l’engagement ne fait que combler une quête personnelle (intégrer un groupe pour vaincre la solitude par exemple).

En termes de ressources financières, l’activité des ONG en 2014 représentait 1,4 milliard de dons recueillis ; les projections indiquent qu’en 2030 les dons atteindront 2,5 milliards[8]. Suite aux sondages effectués un peu partout dans le monde, quatre-vingt pour cent des individus interrogés conviennent que les ONG permettent de s’impliquer pour un changement social positif. L’image de l’engagement associatif est donc plutôt bonne, dans les Etats démocratiques tout du moins. Il est un rôle à ne pas négliger : celui d’un instrument de contre-pouvoir dans les Etats dits non-démocratiques, où existe une dictature. En 2016, une vingtaine de pays pratiquent encore une censure quasi complète sur leurs administrés ; ici le profil du militant change, l’individu porte sa cause en bouclier contre le pouvoir existant et risque le plus souvent une peine pénale, quand ce n’est pas la peine capitale. Les réunions et actions exigent le secret, et nous sommes évidemment loin ici du militantisme plutôt mondain que nous connaissons aujourd’hui en France.

Dans les pays démocratiques, le militantisme constitue en outre un véritable maillon du tissu social : au-delà de l’impact essentiel sur le devenir de notre monde, il est certain que l’implication personnelle des militants au cœur de la société qui les accompagne est en outre un élément favorable à la cohésion sociétale. On observe par ailleurs une certaine corrélation entre la croissance de l’individualisme décrié depuis plusieurs décennies, et l’essor en nombre des associations, preuve s’il le fallait du caractère grégaire de l’humain. La France est l’un des pays européens où se créent le plus grand nombre de structures associatives à l’échelle de la population référencée : un million d’associations et 13 millions de membres (dont 1,6 millions de salariés, ce qui représente 8% de l’emploi français). Considérées comme étant un corps intermédiaire à part entière par les pouvoirs publics, « le tissu associatif est un maillon essentiel de l’exercice de la démocratie et des solidarités »[9]. Etre bénévole, c’est avant tout remplir une mission que l’on s’octroie soi-même, indépendamment de toute nécessité ou besoin matériel. C’est rencontrer des hommes ou des femmes, qui sont en quêtes de « se sentir utiles » et qui consacrent une partie de leur temps libre à une cause ou action solidaire. Au sein d’une association, l’individu joue aussi un rôle et s’implique dans les rouages hiérarchiques. Dans une étude réalisée en 2003 sur des responsables d’associations alsacienne[10], il est observé que « la responsabilité détenue par les militants constitue un enrichissement indéniable, une ouverture d’esprit, un équilibre personnel, que le bénévolat favorise l’empathie, ainsi qu’une meilleure confiance en soi » : le militantisme est ici source de pouvoir et de fierté. Une source de pouvoir selon le statut du militant (Directeur ou Président, Secrétaire, Responsable de meeting…) mais aussi en fonction du lien maintenu et déployé à l’égard des partenaires associatifs et institutionnels (Maires, Préfets..). L’engagement militant favorise aussi une meilleure connaissance des rouages administratifs  et du terrain de l’intervention, (Préfecture, organismes sociaux) et constitue un tremplin à l’intégration et à la socialisation. L’engagement peut d’ailleurs être un pas vers l’engagement politique, avec une conscience politique plus aigüe ou un sentiment d’appartenance au champ politique. S’il n’est d’ailleurs pas possible d’exclure complètement le caractère psychothérapeutique du mouvement général associatif, lequel renforce les liens de solidarités, de communauté  entre des personnes à la recherche de convivialité, il n’en demeure pas moins que l’ouvrage construit nécessite une globalité autant d’actions que d’appartenance pour être mené à bien ; en ce sens, la fin semble justifier le moyen.

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 « La société dans laquelle nous vivons nécessite, pour des raisons d’optimisation des coûts, des regroupements permettant la mutualisation des moyens pour tendre vers l’efficience ». Ces mots sont empruntés à l’allocution récente d’un Président de firme multinationale ; ils nous démontrent que, si la logique des marchés a tendu à rationaliser les outils de la meilleure façon qu’il soit (coût/qualité), il faut s’étonner que les droits humains n’en bénéficient pas ; la mutualisation des outils pour défendre les libertés fondamentales est à la traine. Partout, la brèche ouverte par l’action insuffisante du politique nécessite l’engagement volontaire et conscient du citoyen, quand ce dernier le peut bien évidemment. Nombre d’associations occupent par défaut le territoire laissé vacant des actions sociales et humanitaires, grands laissés pour compte encore en ce début du XXIe siècle. Pourtant : défendre les libertés fondamentales, n’est-ce pas le projet essentiel de toute société qui se prétend démocratique et moderne ?

Abordons maintenant le devenir du militantisme associatif, et il me semble que l’avenir nécessitera une expansion de l’engagement militant. Tout d’abord, l’avancée de la démocratie à l’échelle internationale se fait attendre. Si les grandes institutions de l’après-guerre ont pu laisser espérer un devenir meilleur des générations humaines, l’état géopolitique du monde en 2017 peut laisser pantois : on dénombre à l’heure actuelle une trentaine de dictatures, ainsi qu’une quarantaine d’Etats qui sont le théâtre de conflits politiques ou de guerres déclarées[11]. La vieille Europe en perte de repères connait des tribulations : regain des courants dits populistes et une Europe de l’Est  préoccupante : parmi les anciens pays du Bloc soviétique, la transition européenne et démocratique ne semble plus garantie. La Pologne et la Hongrie, connaissent des politiques de droite liberticides, qualifiées de « démocraties dirigées » par la presse. La crise financière de 2008 et le climat de tension terroriste permettent aux partis populistes de renaître des cendres du courage populaire, dans un contexte de chômage, de perte de souveraineté et de sentiment d’insécurité. Les pays scandinaves ne sont pas épargnés : le parti des Démocrates de Suède (extrême-droite) totalise entre 20 et 25% des voix ; en Finlande, le parti des Vrais Finlandais compte plusieurs ministres au gouvernement. Au Danemark, le parti du peuple danois, influent, est anti-immigration et anti Europe.  L’exode actuel des populations proche-orientales et africaines, le phénomène migratoire économique attendu en provenance des zones économiquement pauvres et très pauvres du monde pour les prochaines décennies créent une inquiétude qu’on ne saurait dissimuler, et semblent devoir justifier de nouvelles interrogations sur les éléments que l’on croyait acquis que sont la citoyenneté, la démocratie, et l’intérêt des droits fondamentaux. Ci et là, les démocraties européennes s’illustrent par un réexamen des droits qui semblaient être intouchable : récemment, le droit à l’IVG par exemple, fut remis en question en Pologne et défendu par des manifestations très importantes (plus de 22 000 personnes le 3 octobre 2016 ont défilé à Varsovie). En 2015 c’est au tour de  l’Espagne avec le vote sur la possibilité d’avortement des jeunes filles mineures. En Russie, la dépénalisation des violences domestiques est adoptée le 25 janvier 2017, tandis que ce pays connait un regain considérable de violences familiales (une femme meurt toutes les 63 minutes sous les coups d’un proche et 40% des crimes les plus graves sont commis dans la cellule familiale[12]). En France, plusieurs candidats à l’élection présidentielle de 2017 projettent de revenir au fameux équilibre famille-patrie que nous connaissions lors de l’entre-deux guerres, et trouvent un accueil plutôt favorable dans une population désormais en quête davantage de sécurité que de liberté. Faute d’avoir pu réaliser un programme humaniste à grande échelle et d’avoir su convaincre de sa nécessité, ce sont d’actuels sursauts d’intolérance et de protectionnisme qui se mettent en place un peu partout dans le monde. Le regain du terrorisme alimente les coups de couteau au contrat social qui réapparaissent : le racisme rejaillit, alimenté par la peur d’un phénomène soi-disant religieux et surtout mal cerné En France, en région parisienne, les faits racistes et antisémites connaissent un regain depuis les attentats de 2015, notamment en région parisienne. Les actes antimaghrébins et antisémites sont en augmentation, les profanations de cimetières et les atteintes aux mosquées se sont multipliées. La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme[13] nous renseigne utilement[14] sur le visage de l’intolérance ; le racisme est « pluraliste », comme l’a dénoncé la Présidente Christine LAZERGES ; « les discriminations et les actes de violence racistes sont engendrés par la combinaison d’un contexte social favorable et par la peur de l’autre ».

Afin de ne pas donner raison à Aristonyme lequel disait que « le monde est un théâtre où les pires gens ont les meilleures places », l’engagement militant se doit de rester idéaliste et d’agir sans relâche à l’espérance d’un monde meilleur.  Individu conscient ou persuadé de la valeur humaine qu’il reconnait spontanément à l’autre, empathique, le militant est persuadé que son action est utile. Certains engagements peuvent être psychologiquement épuisants : faute de résultats immédiats, il faut se contenter de petites réussites. Lutter contre la misère, agir contre la faim, militer pour l’éducation et la reconnaissance des droits à grande échelle. Nous assistons depuis quelques années en région parisienne à l’arrivée massive de migrants politiques en provenance du Proche-Orient et de l’Afrique. Faute d’action des acteurs publics, des réseaux de bénévoles se sont constitués. L’un d’eux s’est donné pour mission d’accompagner les demandeurs d’asile politique, depuis leur gare d’arrivée jusqu’à leur entretien de passage à l’O.P.F.R.A ou pour un recours près la C.N.D.A. On l’imagine bien, le trajet constitue autant un obstacle réel dans le dédale des rues parisiennes que psychologique. Les demandeurs d’asile sont adressés au réseau des bénévoles via les centres d’accueil[15] des différents départements français. Il s’agit d’accompagner, de rassurer, le temps d’un trajet simple, d’un aller-retour,  voire de s’improviser baby-sitter lorsque des enfants en bas âge doivent être pris en charge car non autorisés en salle d’audience. Le militant associatif donne ici de son temps, parfois aussi son argent au détour d’un sandwich ou d’un café ; mais l’essentiel, on s’en doute, n’est pas là : c’est avant tout un temps d’échange, de partage, de sourire et d’espoir, aussi. L’audience devant l’instance administrative a pu se traduire en épreuve orale complexe, car il aura fallu « raconter », les menaces.., la torture.., voire le viol pour certains. De nombreuses associations bénévoles tentent aujourd’hui de résorber la crise sociale que la France connait depuis plusieurs mois : l’exemple des syriens accueillis par exemple par l’association REVIVRE[16], active sur le terrain depuis 2004, et dont le dessein est de travailler à la réhabilitation des anciens détenus d’opinion en Syrie et l’aide aux victimes de la répression. Les bénévoles de l'association dressent des tentes dans les parcs parisiens, se préoccupent de trouver des médecins (MSF, Croix-Rouge) pour soigner les enfants ou les blessés, de trouver  des hébergements chez des particuliers volontaires quand cela est possible. Il ne s’agit pas ici de rendre dépendants les réfugiés ni encore de les assister,  mais de leur offrir de quoi se vêtir, manger, et se soigner, c’est-à-dire au final, leur donner le minimum de décence auquel un être humain devrait pouvoir accéder dans un Etat qui se qualifie de moderne. Accepter que des humains puissent mourir de froid ou de faim dans les rues parisiennes semble être en 2017 aberrant.  

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En guise de conclusion,  il me semble que le militantisme doive être perçu avant tout comme l’un des paradigmes du progrès de notre civilisation. Emanation récente du désir de progresser « ensemble », le militantisme devra se méfier des écueils politiques ou commerciaux, privilégier l’action saine et humaniste, et résister à la tentation de la manipulation. Certains militants sont devenus symboles : la jeune Malala YOUSAFZAI par exemple[17], blessée grièvement à l’âge de  quinze ans, et à laquelle fut décerné le prix Nobel de la paix en 2014.  Dans un monde en mouvance quotidienne, en perpétuelle régénération, nous observons cycliquement des contradictions et des remises en question des droits humains que les générations précédentes avaient pourtant instaurés. Il nous appartient de veiller à œuvrer, ensemble, à la construction d’un monde meilleur, équitable, afin que « la démocratie puisse assurer au plus faible les mêmes opportunités qu'au plus fort[18] ». Le militantisme devra se renouveler, s’adapter et porter de nouvelles couleurs, afin la devise républicaine «  Liberté, Egalité, Fraternité » ne devienne pas un jour une inscription témoin d’une époque lumineuse oubliée, qui n’aura pas su veiller ni se défendre, contre les attaques de la facilité alliée à l’ignorance. Défendre les droits humains par un engagement militant, c’est contribuer au perfectionnement moral de notre espèce et à la défense de nos acquis.


[1] Révolution industrielle : processus historique du XIXe siècle  qui ne s’applique stricto-sensu qu’à l’Angleterre, le phénomène en Europe étant beaucoup plus linéaire.

[2] Les fondements historiques des droits de la famille en Europe, la lente évolution vers l’égalité – Jean-Louis Halpérin – historien du droit, professeur à l’Ecole normale supérieure de Paris – Une histoire des droits en Europe de 1750 à nos jours, Paris, Flammarion, 2004.

[3] Tutelle du sexe : mesure frappant d’incapacité juridique les femmes célibataires au Wurtemberg jusqu’en 1828, dans le pays de Bade jusqu’en 1835, dans d’autres États allemands, dans les pays scandinaves, dans plusieurs cantons suisses, en Roumanie, dans les pays Baltes et en Hongrie jusqu’aux années 1850-1880.

[4] Maladies vénériennes : discriminations à l’encontre des prostituées -  [Judith R. Walkowitz, Prostitution and Victorian Society, Cambridge University Press, Cambridge, 1980].

[5] Suffragettes : les militantes de la Women's Social and Political Union, une organisation créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni.

[6] Le 18 mars 2016, la France a abandonné officiellement l’expression de « droits de l’homme » pour celle des « droits humains » http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3582/AN/20.asp

[7] Source des chiffres : Université de Liège, site http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_13273/proliferation-des-ong-les-chiffres

[8] Sources des statistiques présentées : http://ifp-fip.org (plateforme des ONG internationale)

[9] Jean-François L’amour, Ministre français de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative – extrait de son allocution du 23/01/2016 dans le cadre des journées « de la vie associative ».

[10] Etude publiée par l’ORIV, l’Observatoire régional (alsacien) de l’intégration et de la ville, 2003

[12] Chiffres du Centre national russe contre la violence familiale, 2015. 

[14] La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie fait l’objet en France, depuis 1990, d’un rapport annuel de la Commission

[15] CADA : centre d’accueil des demandeurs d’asiles

[18] Citation de Mohandas Karamchand Gandhi

Le militantisme associatif

par Claire BESSALIAN

Apparue dans les années 1960, l’expression « militantisme » est plus récente que celle de « militant » - [du latin militare (soldat effectuant son service militaire ou personnes se battant, armes à la main, pour défendre ou imposer leurs convictions, leurs idées)] – dont la figure est plus ancienne et renvoie aux luttes révolutionnaires du XIXe siècle, porteuses de profondes mutations politiques, économiques et sociales. L’accent que revêt le terme de militant est alors porté sur le rôle joué par l’individu, lequel, ayant rejoint le groupe – syndicat, parti politique ou association – ne se contente pas d’une simple adhésion mais devient le sujet d’une action dont il n’est en général pas l’initiateur mais l’exécutant. Au XVIIIe siècle, la France est considérée comme le laboratoire institutionnel de l’Europe ; elle entame dès sa révolution de 1789 une succession singulière de régimes politiques (trois républiques, deux monarchies et deux empires) et connait dès lors un affrontement idéologique qui se voudra durable, entre partisans de la révolution et contre-révolutionnaires. En moins d’un siècle, au prix de luttes et d’actions militantes considérables, vont se mettre en place des réformes sociétales progressistes d’importance. NDR : Cet essai ne veut traiter que le seul militantisme humaniste, le militantisme syndicaliste est ici écarté.     

Les fondements du militantisme

et l’essor des libertés politiques, économiques et sociales

Historiquement, engagement militant et construction d’un corpus juridique à des fins humanistes vont de pair : les deux premiers chantiers pionniers de l’essor du droit sont le droit social et le droit de la famille, dont on note la mise en place des premiers fondamentaux dès la fin de l’Ancien régime. En Europe, ce sont les corporations professionnelles qui régissent le monde du travail ; elles édictent des statuts et des règlements, lesquels définissent les relations entre maitres et apprentis. Ce sont les compagnonnages qui vont imposer aux maitres les balbutiements du contrat de travail individuel, pouvant être considéré comme la toute première forme de militantisme concernant le droit du travail. Puis la Révolution française va abroger les corporations (Loi Le Chapelier) et interdire les grèves ; parallèlement, elle va permettre à ce que tout homme puisse exercer librement toute activité professionnelle, pour son compte ou le compte d’autrui (décret d’Allarde). Cette notion très libérale du travail aura pour conséquence une dégradation extrême de la condition ouvrière durant le XIXe siècle ; il va falloir attendre 1841 pour qu’un nouvel essor de la codification du droit social s’effectue, avec l’avènement de l’interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans (toutefois encore non effective). En 1848, la journée du travail devient limitée à 10 heures, et un ministère  du travail est créé.  Le 21 mars 1884 est proclamée la liberté syndicale ; la révolution industrielle[1]  et technique a transformé le paysage de la France, en rééquilibrant la répartition des populations villes-campagnes (en 1910, 50% des français sont déjà citadins). Dès 1895, les syndicats se réunissent sous forme de Confédération internationale et de nombreux textes ayant pour objet la protection des droits des salariés sont alors adoptés. Le Code du Travail est instauré en France en 1910. Un embryon de sécurité sociale voit ensuite le jour avec la loi de 1898 qui reconnait les accidents du travail, puis ce seront les lois de 1828 et 1832 qui instaureront les allocations familiales et l’assurance maladie. Les grandes réformes de 1936 vont inaugurer à leur tour l’ère moderne du Droit social, avec les accords de Matignon signés le 7 juin 1936 (naissance de la liberté syndicale) et la promulgation le 20 juin 1936 du droit aux congés payés.

Du côté du droit de la famille, nous observons à la fin de l’Ancien régime, l’existence de « traditions juridiques », qui résultent du jeu complexe des divisions religieuses, des spécificités coutumières, et des oppositions entre les pays de droit civil (droit romain) et ceux d’Angleterre (common law). En France, au XVIIIe siècle, le droit de la famille est régi par le droit canon, lequel fait prévaloir la toute-puissance paternelle perpétuelle (la femme est alors réputée comme juridiquement incapable et les enfants sont considérés mineurs jusqu’à leur mariage). Une première vague de codification européenne se met en place[2] (dont la promulgation du Code civil français en 1804), elle va réaliser le difficile compromis entre l’héritage du droit romain et l’apport récent des Lumières : ainsi le Code français établit-il l’institution d’un mariage civil et le combine avec des modalités de divorce très restrictives – dispositions qui seront ensuite abrogées, le divorce étant supprimé en 1816. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, il n’existe donc pas encore de modèle libéral de la famille, la personnalité de la femme étant absorbée par celle de son mari en tous domaines. Pourtant, un vent de modernisation s’étend en Europe avec la diffusion du mariage civil, et les premières mobilisations et revendications en faveur du droit des femmes s’établissent dès la première moitié du XIXe siècle : abrogation de la tutelle du sexe[3], campagnes d’opinion en Angleterre en faveur du divorce, lutte contre la discrimination liée aux lois sur les maladies vénériennes[4]  Les féministes britanniques obtiennent des résultats grâce au soutien d’hommes politiques libéraux, avant que ne se développe le mouvement politique des suffragettes[5]. Si au lendemain de la première guerre mondiale, la reconnaissance du rôle joué par les femmes conduit en Italie (1919) et en Pologne (1921) à l’abolition de la puissance maritale,  il faudra toutefois attendre en France l’avènement du Front Populaire (1938). Le droit de la famille finit de converger en Europe dans les dernières décennies du XXe siècle, sur les bases des principes démocratiques de liberté et d’égalité : en France, on assiste à la  libéralisation de l’avortement (promulgué en 1975), à la mise en place de l’égalité des filiations naturelles et légitimes, à l’autorisation de l’adoption, et depuis les années 70 à la refonte du droit de l’autorité parentale sur des bases communes aux couples mariés et non mariés. Le dernier bastion conservateur français concerne encore le domaine des successions, inachevé de nos jours. On le note, c’est bien le militantisme du XIXe siècle qui a forgé la plupart des évolutions juridiques progressistes dont nous bénéficions aujourd’hui.

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Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, face à l’horreur subie par les nations ravagées, la communauté politique internationale éprouve le besoin de consolider et promouvoir les textes progressistes établis jusqu’alors, dans l’optique de maintenir une paix définitive et internationale. La Charte des Nations Unies signée le 26 juin 1945 va disposer de manière conventionnelle un ensemble de droits et libertés irréfutables, inspirés des textes humanistes et philosophiques existants. Parallèlement, la Cour de Justice internationale est créée et investie d’une mission de régler les conflits juridiques entre États. Seront ensuite publiés la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, la Convention européenne des droits de l’homme de 1950, la Convention des droits de l’enfant de 1989, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée le 7 décembre 2000. Sur le plan européen, la Cour européenne des droits de l’homme est institutionnalisée en 1959. Plus récemment, des tribunaux pénaux sont mis en place suite aux violations flagrantes du droit humanitaire international (Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie en 1993,  TPI pour le Rwanda en 1994).

La France, terre des Lumières, a inséré dans ses textes constitutionnels l’existence des droits fondamentaux et des libertés publiques  (liberté d’expression, liberté d’aller et venir, liberté de pensée, de conscience et de religion, pour n’en citer que quelques-uns). Nos textes constitutionnels sont le Préambule de la Constitution française de 1946, (IVe République), la Constitution du 4 octobre 1958 (Ve République), la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. La France est aussi pionnière du droit des associations par sa loi du 1er juillet 1901. Ces textes ont tous en commun d’être érigés en garants constitutionnels de l’intérêt individuel autant que collectif ; il s’agit toutefois d’une particularité française dont nous devons avoir conscience.  

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C’est suite à l’existence de cette récente et rapide construction juridique institutionnelle internationale, que des Organisations non gouvernementales vont se créer dans le monde et se développer sur l’initiative de militants bénévoles. Les terreaux florissants du droit international et des droits nationaux, imbriqués, vont permettre aux individus de se saisir de manière autonome des écueils encore existants et d’accélérer la reconnaissance des droits de humains[6] en devenir.

En novembre 1960, lorsque l’Avocat anglais Peter Benenson, découvre en lisant le journal qu’à Lisbonne, deux étudiants ont été arrêtés, incarcérés et condamnés à 7 ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté, il s’imagine tout d’abord se rendre à l’ambassade portugaise pour protester, quand lui vient l’idée d’envahir de courriers de protestation des citoyens anglais la boite aux lettres du gouvernement portugais : le principe directeur de l’envoi de courrier en nombre de l’association AMNESTY INTERNATIONAL est né. L’ONG comptabilise en 2016 plus de sept millions de membres, et défend les droits politiques, économiques et sociaux à travers le monde, au moyen de courriers ou emails. Autre exemple d’ONG internationale célèbre, l’association REPORTERS SANS FRONTIERES. Fondée en 1985 à Montpellier par quatre journalistes, devenue aujourd’hui leader dans le monde pour la défense et la promotion de la liberté de l’information. Reconnue d’utilité publique en France depuis 1995, l’organisation s’est illustrée tant lors des JO de Pékin en 2008, qu’en Afrique, où elle a par exemple soutenu l’établissement en 2009 de la seule radio indépendante à destination des Erythréens, radio Erena. RSF s’est également illustrée en Haïti, où elle a créé un centre d’appui aux médias après le séisme de janvier 2010, ou, plus récemment, en Syrie, où elle a dispensé des formations pour des journalistes et bloggeurs. Les ONG sont nombreuses et multiples dans leurs actions : EMMAUS international est créée en 1971 (suite à la création des groupes EMMAUS par l’Abbé Pierre en 1949) ; on peut encore citer HUMAN RIGHTS WATCH fondée en 1978 (ancienne ONG appelée Helsinki Watch), qui a reçu en 1997 le prix Nobel de la Paix, GREENPEACE (défense de l’environnement), HANDICAP INTERNATIONAL, MEDECINS SANS FRONTIERES, ACTION CONTRE LA FAIM, WWF (World Wild Fund) pour les plus connues.

On observe une prolifération remarquable des ONG dans le monde à partir des années 80 : en 1968, à la conférence des droits de l’homme de Téhéran, les ONG sont au nombre de 200. Après la chute du mur de Berlin, le phénomène d’internationalisation prend de l’ampleur et aucune région du monde n’y échappe ; on note en effet plus de 2000 ONG en 1995 lors du sommet de Copenhague sur le développement social.  La raison en est probablement les opportunités politiques nouvelles qu’ont offertes les périodes de transition démocratiques (années 1970 en Europe du Sud, années 1980 en Amérique latine, et celles des années 1990 en Europe centrale et orientale ou en Afrique subsaharienne). La Roumanie postcommuniste s’est ainsi dotée en moins de dix ans, de plus de 200 000 ONG. En 1997, une étude internationale universitaire en dénombrait près d’un million en Inde, 210 000 en au Brésil, 17 500 en Egypte, 15 000 en Thaïlande. Lors de la création du Conseil économique et social des Nations unies, après la Seconde Guerre mondiale, les ONG disposaient de 45 sièges. Elles sont aujourd’hui plus de 2 000 à y être accréditées. Le flux de l’aide étrangère canalisée par les ONG serait passé de 2,7 milliards de dollars en 1970 à 7,2 M$ vingt ans plus tard[7] En outre, dans les années 1980, 6% seulement des projets de développement financés par la Banque mondiale impliquaient la participation d’ONG ; ce chiffre atteint désormais les 50%. On comptabilise aujourd’hui environ 10 million d’ONG à travers le monde, dont une personne sur 4 serait bénévole ; c’est dire l’intérêt que représente l’engagement militant associatif, et malheureusement peut-être aussi, le sentiment d’iniquité répandu qui justifie la décision d’un tel engagement. 

                                                                      

L’engagement militant

Nous avons vu que l’engagement militant – dans son acception contemporaine – est un phénomène plutôt récent. On peut s’interroger sur la motivation de l’engagement, et l’expression de ses différentes formes. L’acte militant – qu’il soit politique ou strictement humanitaire – requiert tout d’abord de la part de l’individu qui le met en œuvre, un processus d’appropriation. Cette appropriation du sujet, et le sentiment de plaisir corollaire, sont indispensables à la réussite du projet personnel, et à sa durée. Tout dépend du profil du militant : l’immigré qui intègre une structure associative locale tente généralement une reconnaissance, une implication. La victime d’une erreur médicale ou d’un crime – au-delà du satisfecit judiciaire -  va rechercher au travers de son engagement une espérance de transmission à l’égard des tiers et une activité de prévention. Le militantisme est perçu de manière générale comme le reflet d’un acte citoyen, une valeur humaniste à mettre en exercice et un modèle à transmettre aux générations futures. S’il est assez difficile de constater un profil type du militant, les statistiques indiquent que ce sont majoritairement les femmes qui s’investissent et s’engagent dans les associations, au contraire de la politique qui, à l’échelle mondiale, reste un terrain de jeu masculin. La forme du militantisme est assez variée : manifestations collectives, courriers, mailing, boycott, action individuelle. Quant à la durée de l’engagement militant, il semble qu’elle soit de durée variable, généralement assez longue quand le projet est porteur d’un idéal personnel (en moyenne, des délais de 20 ans selon l’âge du militant), plus courte quand l’engagement ne fait que combler une quête personnelle (intégrer un groupe pour vaincre la solitude par exemple).

En termes de ressources financières, l’activité des ONG en 2014 représentait 1,4 milliard de dons recueillis ; les projections indiquent qu’en 2030 les dons atteindront 2,5 milliards[8]. Suite aux sondages effectués un peu partout dans le monde, quatre-vingt pour cent des individus interrogés conviennent que les ONG permettent de s’impliquer pour un changement social positif. L’image de l’engagement associatif est donc plutôt bonne, dans les Etats démocratiques tout du moins. Il est un rôle à ne pas négliger : celui d’un instrument de contre-pouvoir dans les Etats dits non-démocratiques, où existe une dictature. En 2016, une vingtaine de pays pratiquent encore une censure quasi complète sur leurs administrés ; ici le profil du militant change, l’individu porte sa cause en bouclier contre le pouvoir existant et risque le plus souvent une peine pénale, quand ce n’est pas la peine capitale. Les réunions et actions exigent le secret, et nous sommes évidemment loin ici du militantisme plutôt mondain que nous connaissons aujourd’hui en France.

Dans les pays démocratiques, le militantisme constitue en outre un véritable maillon du tissu social : au-delà de l’impact essentiel sur le devenir de notre monde, il est certain que l’implication personnelle des militants au cœur de la société qui les accompagne est en outre un élément favorable à la cohésion sociétale. On observe par ailleurs une certaine corrélation entre la croissance de l’individualisme décrié depuis plusieurs décennies, et l’essor en nombre des associations, preuve s’il le fallait du caractère grégaire de l’humain. La France est l’un des pays européens où se créent le plus grand nombre de structures associatives à l’échelle de la population référencée : un million d’associations et 13 millions de membres (dont 1,6 millions de salariés, ce qui représente 8% de l’emploi français). Considérées comme étant un corps intermédiaire à part entière par les pouvoirs publics, « le tissu associatif est un maillon essentiel de l’exercice de la démocratie et des solidarités »[9]. Etre bénévole, c’est avant tout remplir une mission que l’on s’octroie soi-même, indépendamment de toute nécessité ou besoin matériel. C’est rencontrer des hommes ou des femmes, qui sont en quêtes de « se sentir utiles » et qui consacrent une partie de leur temps libre à une cause ou action solidaire. Au sein d’une association, l’individu joue aussi un rôle et s’implique dans les rouages hiérarchiques. Dans une étude réalisée en 2003 sur des responsables d’associations alsacienne[10], il est observé que « la responsabilité détenue par les militants constitue un enrichissement indéniable, une ouverture d’esprit, un équilibre personnel, que le bénévolat favorise l’empathie, ainsi qu’une meilleure confiance en soi » : le militantisme est ici source de pouvoir et de fierté. Une source de pouvoir selon le statut du militant (Directeur ou Président, Secrétaire, Responsable de meeting…) mais aussi en fonction du lien maintenu et déployé à l’égard des partenaires associatifs et institutionnels (Maires, Préfets..). L’engagement militant favorise aussi une meilleure connaissance des rouages administratifs  et du terrain de l’intervention, (Préfecture, organismes sociaux) et constitue un tremplin à l’intégration et à la socialisation. L’engagement peut d’ailleurs être un pas vers l’engagement politique, avec une conscience politique plus aigüe ou un sentiment d’appartenance au champ politique. S’il n’est d’ailleurs pas possible d’exclure complètement le caractère psychothérapeutique du mouvement général associatif, lequel renforce les liens de solidarités, de communauté  entre des personnes à la recherche de convivialité, il n’en demeure pas moins que l’ouvrage construit nécessite une globalité autant d’actions que d’appartenance pour être mené à bien ; en ce sens, la fin semble justifier le moyen.

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 « La société dans laquelle nous vivons nécessite, pour des raisons d’optimisation des coûts, des regroupements permettant la mutualisation des moyens pour tendre vers l’efficience ». Ces mots sont empruntés à l’allocution récente d’un Président de firme multinationale ; ils nous démontrent que, si la logique des marchés a tendu à rationaliser les outils de la meilleure façon qu’il soit (coût/qualité), il faut s’étonner que les droits humains n’en bénéficient pas ; la mutualisation des outils pour défendre les libertés fondamentales est à la traine. Partout, la brèche ouverte par l’action insuffisante du politique nécessite l’engagement volontaire et conscient du citoyen, quand ce dernier le peut bien évidemment. Nombre d’associations occupent par défaut le territoire laissé vacant des actions sociales et humanitaires, grands laissés pour compte encore en ce début du XXIe siècle. Pourtant : défendre les libertés fondamentales, n’est-ce pas le projet essentiel de toute société qui se prétend démocratique et moderne ?

Abordons maintenant le devenir du militantisme associatif, et il me semble que l’avenir nécessitera une expansion de l’engagement militant. Tout d’abord, l’avancée de la démocratie à l’échelle internationale se fait attendre. Si les grandes institutions de l’après-guerre ont pu laisser espérer un devenir meilleur des générations humaines, l’état géopolitique du monde en 2017 peut laisser pantois : on dénombre à l’heure actuelle une trentaine de dictatures, ainsi qu’une quarantaine d’Etats qui sont le théâtre de conflits politiques ou de guerres déclarées[11]. La vieille Europe en perte de repères connait des tribulations : regain des courants dits populistes et une Europe de l’Est  préoccupante : parmi les anciens pays du Bloc soviétique, la transition européenne et démocratique ne semble plus garantie. La Pologne et la Hongrie, connaissent des politiques de droite liberticides, qualifiées de « démocraties dirigées » par la presse. La crise financière de 2008 et le climat de tension terroriste permettent aux partis populistes de renaître des cendres du courage populaire, dans un contexte de chômage, de perte de souveraineté et de sentiment d’insécurité. Les pays scandinaves ne sont pas épargnés : le parti des Démocrates de Suède (extrême-droite) totalise entre 20 et 25% des voix ; en Finlande, le parti des Vrais Finlandais compte plusieurs ministres au gouvernement. Au Danemark, le parti du peuple danois, influent, est anti-immigration et anti Europe.  L’exode actuel des populations proche-orientales et africaines, le phénomène migratoire économique attendu en provenance des zones économiquement pauvres et très pauvres du monde pour les prochaines décennies créent une inquiétude qu’on ne saurait dissimuler, et semblent devoir justifier de nouvelles interrogations sur les éléments que l’on croyait acquis que sont la citoyenneté, la démocratie, et l’intérêt des droits fondamentaux. Ci et là, les démocraties européennes s’illustrent par un réexamen des droits qui semblaient être intouchable : récemment, le droit à l’IVG par exemple, fut remis en question en Pologne et défendu par des manifestations très importantes (plus de 22 000 personnes le 3 octobre 2016 ont défilé à Varsovie). En 2015 c’est au tour de  l’Espagne avec le vote sur la possibilité d’avortement des jeunes filles mineures. En Russie, la dépénalisation des violences domestiques est adoptée le 25 janvier 2017, tandis que ce pays connait un regain considérable de violences familiales (une femme meurt toutes les 63 minutes sous les coups d’un proche et 40% des crimes les plus graves sont commis dans la cellule familiale[12]). En France, plusieurs candidats à l’élection présidentielle de 2017 projettent de revenir au fameux équilibre famille-patrie que nous connaissions lors de l’entre-deux guerres, et trouvent un accueil plutôt favorable dans une population désormais en quête davantage de sécurité que de liberté. Faute d’avoir pu réaliser un programme humaniste à grande échelle et d’avoir su convaincre de sa nécessité, ce sont d’actuels sursauts d’intolérance et de protectionnisme qui se mettent en place un peu partout dans le monde. Le regain du terrorisme alimente les coups de couteau au contrat social qui réapparaissent : le racisme rejaillit, alimenté par la peur d’un phénomène soi-disant religieux et surtout mal cerné En France, en région parisienne, les faits racistes et antisémites connaissent un regain depuis les attentats de 2015, notamment en région parisienne. Les actes antimaghrébins et antisémites sont en augmentation, les profanations de cimetières et les atteintes aux mosquées se sont multipliées. La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme[13] nous renseigne utilement[14] sur le visage de l’intolérance ; le racisme est « pluraliste », comme l’a dénoncé la Présidente Christine LAZERGES ; « les discriminations et les actes de violence racistes sont engendrés par la combinaison d’un contexte social favorable et par la peur de l’autre ».

Afin de ne pas donner raison à Aristonyme lequel disait que « le monde est un théâtre où les pires gens ont les meilleures places », l’engagement militant se doit de rester idéaliste et d’agir sans relâche à l’espérance d’un monde meilleur.  Individu conscient ou persuadé de la valeur humaine qu’il reconnait spontanément à l’autre, empathique, le militant est persuadé que son action est utile. Certains engagements peuvent être psychologiquement épuisants : faute de résultats immédiats, il faut se contenter de petites réussites. Lutter contre la misère, agir contre la faim, militer pour l’éducation et la reconnaissance des droits à grande échelle. Nous assistons depuis quelques années en région parisienne à l’arrivée massive de migrants politiques en provenance du Proche-Orient et de l’Afrique. Faute d’action des acteurs publics, des réseaux de bénévoles se sont constitués. L’un d’eux s’est donné pour mission d’accompagner les demandeurs d’asile politique, depuis leur gare d’arrivée jusqu’à leur entretien de passage à l’O.P.F.R.A ou pour un recours près la C.N.D.A. On l’imagine bien, le trajet constitue autant un obstacle réel dans le dédale des rues parisiennes que psychologique. Les demandeurs d’asile sont adressés au réseau des bénévoles via les centres d’accueil[15] des différents départements français. Il s’agit d’accompagner, de rassurer, le temps d’un trajet simple, d’un aller-retour,  voire de s’improviser baby-sitter lorsque des enfants en bas âge doivent être pris en charge car non autorisés en salle d’audience. Le militant associatif donne ici de son temps, parfois aussi son argent au détour d’un sandwich ou d’un café ; mais l’essentiel, on s’en doute, n’est pas là : c’est avant tout un temps d’échange, de partage, de sourire et d’espoir, aussi. L’audience devant l’instance administrative a pu se traduire en épreuve orale complexe, car il aura fallu « raconter », les menaces.., la torture.., voire le viol pour certains. De nombreuses associations bénévoles tentent aujourd’hui de résorber la crise sociale que la France connait depuis plusieurs mois : l’exemple des syriens accueillis par exemple par l’association REVIVRE[16], active sur le terrain depuis 2004, et dont le dessein est de travailler à la réhabilitation des anciens détenus d’opinion en Syrie et l’aide aux victimes de la répression. Les bénévoles de l'association dressent des tentes dans les parcs parisiens, se préoccupent de trouver des médecins (MSF, Croix-Rouge) pour soigner les enfants ou les blessés, de trouver  des hébergements chez des particuliers volontaires quand cela est possible. Il ne s’agit pas ici de rendre dépendants les réfugiés ni encore de les assister,  mais de leur offrir de quoi se vêtir, manger, et se soigner, c’est-à-dire au final, leur donner le minimum de décence auquel un être humain devrait pouvoir accéder dans un Etat qui se qualifie de moderne. Accepter que des humains puissent mourir de froid ou de faim dans les rues parisiennes semble être en 2017 aberrant.  

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En guise de conclusion,  il me semble que le militantisme doive être perçu avant tout comme l’un des paradigmes du progrès de notre civilisation. Emanation récente du désir de progresser « ensemble », le militantisme devra se méfier des écueils politiques ou commerciaux, privilégier l’action saine et humaniste, et résister à la tentation de la manipulation. Certains militants sont devenus symboles : la jeune Malala YOUSAFZAI par exemple[17], blessée grièvement à l’âge de  quinze ans, et à laquelle fut décerné le prix Nobel de la paix en 2014.  Dans un monde en mouvance quotidienne, en perpétuelle régénération, nous observons cycliquement des contradictions et des remises en question des droits humains que les générations précédentes avaient pourtant instaurés. Il nous appartient de veiller à œuvrer, ensemble, à la construction d’un monde meilleur, équitable, afin que « la démocratie puisse assurer au plus faible les mêmes opportunités qu'au plus fort[18] ». Le militantisme devra se renouveler, s’adapter et porter de nouvelles couleurs, afin la devise républicaine «  Liberté, Egalité, Fraternité » ne devienne pas un jour une inscription témoin d’une époque lumineuse oubliée, qui n’aura pas su veiller ni se défendre, contre les attaques de la facilité alliée à l’ignorance. Défendre les droits humains par un engagement militant, c’est contribuer au perfectionnement moral de notre espèce et à la défense de nos acquis.


[1] Révolution industrielle : processus historique du XIXe siècle  qui ne s’applique stricto-sensu qu’à l’Angleterre, le phénomène en Europe étant beaucoup plus linéaire.

[2] Les fondements historiques des droits de la famille en Europe, la lente évolution vers l’égalité – Jean-Louis Halpérin – historien du droit, professeur à l’Ecole normale supérieure de Paris – Une histoire des droits en Europe de 1750 à nos jours, Paris, Flammarion, 2004.

[3] Tutelle du sexe : mesure frappant d’incapacité juridique les femmes célibataires au Wurtemberg jusqu’en 1828, dans le pays de Bade jusqu’en 1835, dans d’autres États allemands, dans les pays scandinaves, dans plusieurs cantons suisses, en Roumanie, dans les pays Baltes et en Hongrie jusqu’aux années 1850-1880.

[4] Maladies vénériennes : discriminations à l’encontre des prostituées -  [Judith R. Walkowitz, Prostitution and Victorian Society, Cambridge University Press, Cambridge, 1980].

[5] Suffragettes : les militantes de la Women's Social and Political Union, une organisation créée en 1903 pour revendiquer le droit de vote pour les femmes au Royaume-Uni.

[6] Le 18 mars 2016, la France a abandonné officiellement l’expression de « droits de l’homme » pour celle des « droits humains » http://www.assemblee-nationale.fr/14/amendements/3582/AN/20.asp

[7] Source des chiffres : Université de Liège, site http://reflexions.ulg.ac.be/cms/c_13273/proliferation-des-ong-les-chiffres

[8] Sources des statistiques présentées : http://ifp-fip.org (plateforme des ONG internationale)

[9] Jean-François L’amour, Ministre français de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative – extrait de son allocution du 23/01/2016 dans le cadre des journées « de la vie associative ».

[10] Etude publiée par l’ORIV, l’Observatoire régional (alsacien) de l’intégration et de la ville, 2003

[12] Chiffres du Centre national russe contre la violence familiale, 2015. 

[14] La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie fait l’objet en France, depuis 1990, d’un rapport annuel de la Commission

[15] CADA : centre d’accueil des demandeurs d’asiles

[18] Citation de Mohandas Karamchand Gandhi

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