Humanisme et Lumieres

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Après la Crise !

APRÈS LA CRISE

Après la Crise que nous vivons, la crise du Covid19, rien ne sera plus comme avant. Donc tout devrait changer. Quels changements faut-il espérer ? L’idée de progrès serait-elle désormais régressive ? Faut-il préférer un rebond de la croissance ou la décroissance ? Faut-il agir politiquement : Poursuite de la mondialisation ou relocalisation économique ? Quelle gouvernance mondiale ? Empire mondial ou république universelle ? Pour faire travailler les Européens, et surtout les Français, de façon plus efficace. Gestion de la main d’œuvre en flux tendu ? Ou association du travailleur à l’entreprise ? En ce qui concerne la France, quelle évolution sociétale ? Communautarisme à l’anglo-saxonne ? Ou République une et indivisible ? De quel type de gouvernement faut-il rêver ? Renforcement du pouvoir présidentiel ? Ou rééquilibrage avec la représentation populaire ? Quelle doit être la place des services publics dans la République ? Gestion nationalisée et exclusivité ? Ou privatisation et concurrence ? La répartition de la richesse dans un système mondialisé : Ruissellement ou redistribution ? Quelle éducation donner à la jeunesse ? Éducation citoyenne par les fonctionnaires de l’Éducation Nationale ? Ou éducation par la famille, les religieux et l’enseignement privé ? Quelles valeurs faut-il donner comme références à la jeunesse ? Valeurs humanistes et au sommet la dignité humaine ? Ou valeurs techniques et au pinacle la fortune ? L’individualisme et le sentiment de solidarité : Solidarité citoyenne ou solidarités communautaires ?

Maintenant, il faut bien voir que la complexité humaine supporte mal les solutions extrêmes. L’humaniste, attaché à la libre autonomie des individus et à l’organisation libérale et pacifique des sociétés, sera donc souvent conduit à remplacer le soit-soit par du « et en même temps ». Il s’agira alors de mesurer jusqu’où il faut aller, dans un sens ou dans l’autre, pour assurer un progrès véritablement humain.

On entend dire : « Après la Crise du Covid-19, rien ne sera plus comme avant ! »

En disant cela, certains sous-entendent qu’il faudra mettre fin à la soif de progrès, qui depuis les Lumières a conduit l’être humain et particulièrement l’Occidental, à se conduire en maître et possesseur de la nature, attitude qui serait la cause du dérèglement de la vie de la nature et de la planète, dont cette crise serait le symptôme. Certains y voient même le présage de l’apocalypse qui guette l’humanité.

Ils mettent généralement en cause la doctrine néolibérale mondialiste. Avec la mondialisation de la finance, les investissements pour un rendement optimal se sont déplacés, vers les pays à très bas coût de main d’œuvre, pour produire des biens destinés à être vendus dans les pays ayant un haut niveau de vie. Il se vend à Paris des cerises du Chili et de la viande d’Argentine… On construit en France des voitures avec des moteurs fabriqués en Chine. De Chine aussi, il a fallu faire venir des masques chirurgicaux, des tests de détection du Covid-19, des médicaments, et bien d’autres choses. L’économie française s’est spécialisée sur les services, le tourisme, la production culturelle… Elle a perdu l’essentiel de sa puissance industrielle. Et son agriculture et sa pêche sont sinistrées. Elle devrait tenter de reconstruire son économie. Comment ? En relocalisant ? En créant des industries de pointe, écologiques ?

En même temps, le réchauffement climatique s’aggrave, les désordres météorologiques se multiplient et l’environnement continue de se détériorer, avec la déforestation et la destruction des espèces.

L’idée de progrès serait donc désormais régressive. Qu’est-ce à dire ? Le progrès de demain, serait le progrès écologique ; il consisterait à régresser dans la consommation de biens naturels, notamment d’énergie, et par voie de conséquence dans la production et le niveau de vie. L’économie pour cela devrait être écologique, décroissante et relocalisée.

Pour le sauvetage de la planète et de l’humanité, il paraît prudent de se reconvertir dans une économie écologique. Avant tout, l’économie devrait à l’avenir être économe en énergie. La production d’énergie à partir du carbone fossile, devrait être abandonnée pour se tourner vers la production d’une énergie dite verte, solaire, éolienne, hydraulique, et aussi vers les techniques utilisant l’hydrogène. L’électricité nucléaire devrait décroître progressivement, pour mettre fin à la pollution due à ses déchets, que l’on ne sait pas recycler.

À cette perspective de mutation de la production de l’énergie, certains, dans l’idée de mettre fin à la dégradation écologique liée à l’excès de consommation de biens naturels, ajoutent la nécessité d’une décroissance. La croissance étant la recherche du toujours plus en consommation, de biens et de services, il faudrait au contraire s’appliquer à consommer moins. Et parmi les services, les déplacements par voie aérienne, maritime ou routière, pour les affaires, le tourisme et l’acheminement des productions délocalisées, seraient à réduire en relocalisant les productions et les activités.

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            Beaucoup ne se résignent pas à ces perspectives de décroissance. Ils estiment que les forces de progrès, au sens traditionnel, doivent s’organiser et se mobiliser, pour trouver les changements nécessaires à la poursuite de la croissance ! Ils sont convaincus qu’avec les progrès des sciences et de leurs applications techniques, l’humanité dépassera par un saut qualitatif les difficultés qu’elle rencontre aujourd’hui.

Ils expliquent aussi que les peuples sous-développés comptent sur la globalisation des capitaux pour sortir de la misère. Ils font d’ailleurs remarquer que les délocalisations ont profité aux pays pauvres. Avec le revenu de leur travail de sous-traitance, le niveau de vie des populations pauvres s’est amélioré et il s’est créé une élite locale, susceptible de faire évoluer ces sociétés sous-développées. Il n’est donc pas question, dans cette optique, de revenir sur la division internationale du travail, instaurée par la mondialisation de la finance et du commerce. Les mondialistes pensent donc au contraire, la poursuivre et l’amplifier par de plus larges accords de libre-échange intercontinentaux ! En conséquence la mondialisation capitaliste loin d’être mise en cause, doit être considérée comme le moteur indispensable de la reprise.

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            Alors décroissance ? Ou rebond de la croissance ? Nous sommes devant un choix politique difficile. Faut-il raisonner « en souverainiste », avec l’idée de rétablir une certaine indépendance économique, afin de ne pas risquer le chantage aux sanctions économiques, susceptibles de mettre le pays à genoux devant une superpuissance étrangère voulant lui imposer sa loi ? Car il suffit d’observer ce qui se passe actuellement dans le monde, pour voir que c’est un jeu largement pratiqué. Et la crise du Covid-19 a bien montré à quel point la France est vulnérable.

On pourrait donc penser qu’une politique raisonnable de défense économique, devrait conduire à relocaliser les productions et les services de valeur stratégique. Mais à la question de savoir s’il est possible et souhaitable d’agir politiquement pour organiser l’après de la Crise et les changements nécessaires, beaucoup répondent, conformément à la doxa libérale, que l’avenir sera dicté par les lois de l’économie de marché. En conséquence : qu’il n’est pas souhaitable que l’autorité politique se mêle de diriger l’économie. L’économie dirigée et planifiée c’est, disent-ils, la faillite assurée ! Les capitaux, les entrepreneurs et les hautes valeurs techniques, s’en iraient chercher fortune ailleurs. L’action des autorités politiques devrait par contre, faciliter la reprise des entreprises privées et aider au lancement d’entreprises nouvelles, dans les secteurs d’avenir (les start-ups).

Alors, poursuite de la mondialisation ou relocalisation économique ? Ce serait une aberration que de vouloir mettre fin à la mondialisation. Mais il serait sage de l’organiser, pour que l’échange et la coopération prennent la place de la concurrence sauvage. De la mondialisation anarchique, il faudrait aller vers la République Universelle. Une certaine relocalisation stratégique et écologique est certainement nécessaire, mais la marche vers l’unité de l’humanité dans un monde commun doit être poursuivie.

La gouvernance mondiale devrait s’imposer, contre toute tentative de revenir au combat des nations, que risquerait de provoquer le retour à des souverainetés susceptibles et jalouses. La solution serait donc à chercher dans une meilleure gouvernance mondiale ! Mais à ce sujet, en l’état actuel du monde, on peut se demander qui gouverne quoi, au plan mondial ? Et avec quelle légitimité ? La compétition des puissances pour parvenir à l’empire monde, n’a pas changé fondamentalement de nature depuis l’Antiquité. On a eu Rome contre Carthage, avec l’Égypte et la Grèce comme puissances anciennes dépassées ; nous avons les États-Unis contre la Chine, avec l’Europe et la Russie comme anciennes puissances dépassées.

Alors, Empire mondial ou République universelle ? Dilemme ! Faut-il poursuivre l’effacement des frontières et de l’autorité politique, sous l’empire d’une autorité mondiale, établie par la puissance de son économie et de ses armes ? Ou bien, ne faudrait-il pas plutôt, parachever l’émancipation des peuples dans une relative autonomie, et aller vers leur fédération dans une république universelle ?

La République est l’union d’individus divers, libres dans leur vie privée et associative, sous les lois et le droit d’une communauté citoyenne. Dans une vision utopique : la République universelle serait l’union de nations libres de leur culture et de leur sûreté, dans les lois et le droit international de la communauté mondiale. L’Europe pourrait être le laboratoire d’essai, d’une telle fédération de nations.

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            Bien sûr, en ce qui concerne la France, la situation sociale et économique s’est encore dégradée avec la crise. Mais si la France subit les conséquences de la pandémie et des conditions de fonctionnement de l’économie mondiale, les solutions à ses problèmes sont d’abord à chercher à l’intérieur. Avec la succession des crises : celle des gilets jaunes, puis celle de l’opposition aux réformes, notamment à la réforme des retraites, enfin la crise sanitaire du Covid19, compliquée par la crise de l’opposition des minorités à la police, accusée de racisme… le désordre politique et social ambiant, laisse mal augurer des conditions de la reprise.

On pourrait penser qu’une solution d’avenir, consisterait à faire travailler les Européens et surtout les Français, de façon plus efficace. Or, l’efficacité du travail ne se mesure pas ici, dans le système économique tel qu’il fonctionne, aux performances techniques, ni à la production rapportée au temps de travail. Mais au coût de la main d’œuvre rapporté au rendement en dividendes pour les actionnaires. La solution, en l’état actuel du marché du travail, serait donc d’abaisser le prix du travail, pour rendre la production européenne et surtout française, compétitive sur le marché mondial. Mais est-il possible, dans une démocratie évoluée, de continuer à gérer les travailleurs comme les pièces de rechange, en flux tendu et au coût le plus bas possible. Ou-bien, ne faudrait-il pas chercher à réaliser une association du travailleur à l’entreprise qui l’emploie ?

Pour la France, le malaise de la société est profond. La perte du sentiment national, entraîne l’absence de solidarité citoyenne et le repli sur l’intérêt personnel. Les complicités de groupe sociétal, ou de communauté ethnico-religieuse, minent l’unité républicaine. La société française est agitée par des groupes communautaires antagonistes, potentiellement violents. La désunion de la nation française, la perte de la fidélité à la République de diverses fractions de la population, sont des facteurs de désordres de plus en plus graves. Pour pacifier la société française certains en appellent à une évolution vers le communautarisme à l’anglo-saxonne. Mais la plupart tiennent à notre République une et indivisible. Ils pensent que ce qui fait l’essence même d’une nation, c’est « l’idée que nous formons un peuple, c'est-à-dire une entité politique, dont les membres se sentent un destin commun[1] » Alors, comment poursuivre la construction d’une république une et indivisible ?

Les divisions de la société française ne sont pas seulement communautaristes, elles sont aussi sociales. La fameuse fracture sociale qu’avait dénoncée Jacques Chirac, n’a jamais été refermée, elle s’est plutôt élargie. L’un des marquants de cette fracture est l’ouverture des écarts de salaire. Des écarts de salaire de l’ordre de 1à 6000 sont parfois jugés excessifs, et on rappelle que tel grand patron américain du passé estimait que 60/1 était suffisant ! Mais bien entendu on fait remarquer tout de suite, que nous sommes aujourd’hui dans un système mondial, et que si on limite ici les hauts revenus, alors les investisseurs, les dirigeants d’entreprises et les ingénieurs créatifs, iront chercher fortune ailleurs, avec un appauvrissement consécutif des populations. Le même argument de la compétition mondiale des capitaux, interdit la récupération des plus-values excessives par l’impôt ; le précédent d’un taux de prélèvement proche de 90% comme l’avait pratiqué le Président Roosevelt, est évidemment totalement exclu, et toute augmentation des taux actuellement pratiqués est qualifiée de « confiscatoire ». À l’avenir, quelle politique pour réduire la fracture ? Enrichissez-vous et faites ruisseler ? Ou-bien fiscalité et redistribution ?

La population française a une grande tradition de débat politique. La critique du gouvernement est une manifestation de liberté d’expression et de démocratie. Certains proposent de faire évoluer les institutions de la cinquième république, qui auraient vieilli. De quel type de gouvernement faut-il rêver ? La dictature du prolétariat a été envisagée, parfois comme une utopie, en Europe de l’Ouest ; et elle a été essayée en Europe de l’Est, avec le succès que l’on sait. Depuis la chute du mur de Berlin, il s’est installé l’idée que la démocratie, dont les États-Unis porteraient l’étendard en même temps que le drapeau du libéralisme économique, serait le destin de toute l’humanité. Il s’ensuit que pour les tenants du système occidental actuel, notamment aux États-Unis, toute velléité de réformer la vie politique et l’économie dans un sens social, est assimilée à une démarche conduisant au communisme.

On peut souhaiter (version moderne du mythe du roi philosophe) que la démocratie permette de mettre au pouvoir des dirigeants sages et efficaces, acheminant avec autorité et fermeté leur peuple vers le bonheur… Malheureusement l’histoire a montré que la démocratie pervertie dans le culte du leader, cela conduit le plus souvent à des catastrophes. Il faudrait donc s’en tenir à un régime vraiment démocratique, dans lequel les dirigeants restent sous le contrôle des administrés, dont ils sont censés faire le bonheur.

Les républiques donnent toujours le spectacle d’un certain désordre. Quand les dictatures, elles, respirent l’ordre et la discipline. Il faut choisir la république. Certes ! Mais aussi rester dans la mesure, car trop de désordre conduit à la réaction vers la dictature.

Notre République est-elle perfectible ? Dans quel sens ? Certains critiquent notre exécutif à deux têtes, Président et Premier Ministre, et préconisent la suppression du premier ministre pour en venir à un régime présidentiel à l’américaine. D’autres voudraient rendre du pouvoir au parlement et proposent une VIème République. Renforcement du pouvoir présidentiel ? Ou rééquilibrage avec la représentation populaire ?

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            Pour refaire l’unité de la nation, il faudrait sans doute refonder les lois de la vie en société et la formation de la jeunesse, autour de la notion de citoyenneté et des droits et devoirs qu’elle devrait comporter, pour tous sans exceptions.

Préparer la jeunesse à la citoyenneté ? Certains trouvent que l’Éducation Nationale coûte trop cher. Ils font remarquer que l’enseignement privé obtient de meilleurs résultats. De la même façon, la Santé Publique coûte trop cher et les hôpitaux et cliniques privés, fonctionneraient beaucoup plus efficacement. Mais de même qu’il faut conserver une santé publique, il faut aussi conserver un service public d’éducation, au moins pour la partie de la population qui n’est pas éligible aux services du Privé. Quelle doit être la place des services publics, dans une république ? Nationalisation et exclusivité ? Ou privatisation et concurrence ?

En ce qui concerne la Santé, après la fièvre du pic de contamination, les professionnels ont attribué les carences constatées, aux méfaits d’une direction par des gestionnaires, et fait remarquer que dans la crise, les professionnels de la Santé ont du reprendre la main et s’affranchir des règles de gestion. Cette question de la gestion comptable d’un service vital est également posée, et récemment par le Chef d’État-Major des Armées[2], pour la Défense. Il semble qu’elle pourrait aussi être posée pour l’Éducation Nationale.

Que faut-il enseigner à la jeunesse ? La devise de Kant « Sapere aude » devrait dans une république, être à la base de la formation de toute la jeunesse. Ce qu’il faudrait enseigner, c’est cette habitude de penser par soi-même, de ne prendre une chose pour vraie qu’après en avoir délibéré et l’avoir comprise comme telle, dans son propre entendement ; et avoir le courage donc de rester dans le doute, pour tout le reste. Évidemment il est beaucoup plus confortable de s’en remettre à ceux qui font autorité, et de croire et affirmer à son tour, ce qui est généralement accepté dans le milieu où l’on vit. Au-delà de cette formation à l’emploi de la raison, l’éducation doit comporter un enseignement de l’éthique. Dans ce domaine, notre éducation de la jeunesse est-elle perfectible ? Comment ? Éducation citoyenne par les fonctionnaires de l’Éducation Nationale ? Ou éducation par la famille, les religieux et l’enseignement privé ?

Quelles valeurs faut-il donner comme références à la jeunesse ? Certains disent que les valeurs, dans une société avancée, sont les « valeurs technologiques ». Cette façon de penser a été dominante dans les années 30 du siècle dernier, notamment dans le pays d’Europe le plus avancé technologiquement. La valeur, au sens de la conduite humaine, c’est ce pour quoi on accepte de se dévouer, de faire des sacrifices. C’est, dans l’action, la motivation d’agir dans un sens plutôt que dans un autre, parce qu’il y a plus de valeur ici que là. Il semble évident, pour un humaniste notamment, que la valeur technique ne peut jamais avoir le pas sur la valeur humaine. La valeur suprême c’est la dignité humaine ! Alors vers quelles valeurs faudrait-il orienter la jeunesse ? Valeurs humanistes et au sommet la dignité humaine ? Ou valeurs techniques et au pinacle : la richesse ? Comment faire en sorte que la dignité humaine reste la valeur dominante ?

L’individualisme, qui s’est de plus en plus imposé dans notre société, pour éclipser presque totalement le sentiment de solidarité, est-il une conséquence de la dématérialisation numérique ? Les conséquences de la dématérialisation numérique sur le mode de vie sont nombreuses et profondes : sur le travail, le cadre de vie, la communication… Mais l’évolution vers l’individualisme, liée à la recherche d’indépendance, d’autonomie, et d’affirmation de soi, est une progression que l’on peut certainement observer tout au long des siècles. C’est un facteur fondamental de la recherche de mieux-être. Mais normalement, ce sentiment de l’autonomie de soi, cohabite avec le sentiment de solidarité dans le groupe. Ce qui est à déplorer dans notre société, ce n’est pas la montée de l’individualisme, c’est la perte du sentiment de solidarité citoyenne, normalement constitutif du sentiment national, en république.

Les doctrines politiques de la fin du 20ème siècle et du début du 21ème siècle, ont diabolisé le sentiment national, en raison de son exploitation par certains pays ; ceux qui fondent la nation sur ses racines ethniques, ou son unité idéologique ou religieuse, et mobilisent le sentiment national pour agresser et soumettre d’autres populations.

Or, en France, le sentiment national s’est imposé à Valmy, le 20 septembre 1792, quand pour entrer dans le combat, la troupe a remplacé Vive le Roi, par Vive la Nation. Et le 22 septembre 1792, la Convention décidait de dater ses actes de l’An I de la République. On voit à quel point historiquement, nation française et république sont liées. La naissance de l’idée d’une nation française est à dater du 14 juillet 1790, avec la Fête de la Fédération. À travers la fédération des gardes nationales sous l’autorité de La Fayette, il s’agissait de la fédération des provinces féodales, dans l’unité de la nation citoyenne. Les différences entre provinces, de langues, de coutumes, de poids et mesures… étaient alors nombreuses et profondes. Il s’en est suivi l’avènement de la République, régime politique d’une nation de citoyens ; la citoyenneté étant liée au droit du sol. Ce qui se perd et qu’il faut réhabiliter c’est le sentiment de solidarité citoyenne et d’attachement à la nation républicaine. Solidarité et fraternité… résultent du sentiment d’appartenir à une même société. À exalter les différences, de nature, de religion, de niveau et de genre de vie, on déconstruit la société. Alors, pour refaire l’unité de la nation : Solidarité citoyenne ou solidarités communautaires ? Quelles réformes politiques, quelle éducation, susceptibles de renforcer le sentiment de solidarité citoyenne ?

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EN RÉSUMÉ : QUELS CHANGEMENTS APRÈS LA CRISE ?

Après la Crise que nous vivons, la crise du Covid19, rien ne sera plus comme avant. Donc tout devrait changer. Quels changements faut-il espérer ? L’idée de progrès serait-elle désormais régressive ? Faut-il préférer un rebond de la croissance ou la décroissance ? Faut-il agir politiquement : Poursuite de la mondialisation ou relocalisation économique ? Quelle gouvernance mondiale ? Empire mondial ou république universelle ? Pour faire travailler les Européens, et surtout les Français, de façon plus efficace. Gestion de la main d’œuvre en flux tendu ? Ou association du travailleur à l’entreprise ? En ce qui concerne la France, quelle évolution sociétale ? Communautarisme à l’anglo-saxonne ? Ou République une et indivisible ? De quel type de gouvernement faut-il rêver ? Renforcement du pouvoir présidentiel ? Ou rééquilibrage avec la représentation populaire ? Quelle doit être la place des services publics dans la République ? Gestion nationalisée et exclusivité ? Ou privatisation et concurrence ? La répartition de la richesse dans un système mondialisé : Ruissellement ou redistribution ? Quelle éducation donner à la jeunesse ? Éducation citoyenne par les fonctionnaires de l’Éducation Nationale ? Ou éducation par la famille, les religieux et l’enseignement privé ? Quelles valeurs faut-il donner comme références à la jeunesse ? Valeurs humanistes et au sommet la dignité humaine ? Ou valeurs techniques et au pinacle la fortune ? L’individualisme et le sentiment de solidarité : Solidarité citoyenne ou solidarités communautaires ?

Maintenant, il faut bien voir que la complexité humaine supporte mal les solutions extrêmes. L’humaniste, attaché à la libre autonomie des individus et à l’organisation libérale et pacifique des sociétés, sera donc souvent conduit à remplacer le soit-soit par du « et en même temps ». Il s’agira alors de mesurer jusqu’où il faut aller, dans un sens ou dans l’autre, pour assurer un progrès véritablement humain.

Claude J. DELBOS

 

[1] Natacha Polony dans Marianne n°1217

[2] « En pensant que le territoire national était définitivement protégé de la guerre, on a mis en œuvre des méthodes civiles dans un souci de rentabilité. On s’est mis en dépendance. On a renoncé à des réserves. En régiment, [dans] les bases ou les ports, le lien d’autorité entre les commandants d’unité et leurs unités de soutien a été rompu. Nous avons commencé à corriger cela, avec l’appui de la ministre des armées. » Propos recueillis par Nathalie Guibert 2020.07.15 / Le Monde

 

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